Symbolisme islamique
Rêver d'un enterrement en islam : interprétation selon Ibn Sirin
Le dictionnaire complet — 150 symboles décryptés — Kindle 6,99 € →L'enterrement — al-janaza (الجنازة), terme désignant à la fois le cortège funèbre et la prière sur le défunt — est l'un des symboles les plus profondément enracinés dans l'oniromancie islamique. Contrairement aux idées reçues, rêver d'un enterrement n'annonce pas nécessairement la mort de quelqu'un. Selon Ibn Sirin et Al-Nabulsi, ces rêves parlent de transitions, de transformations et de la conscience de la temporalité de la vie. Cette page présente l'interprétation classique complète de ce symbole.
· Ayoub Merlin
Tout, dans ce rêve, tient à une grammaire : quelqu'un enterre, ou quelqu'un est enterré. Là où la mort, la tombe, le défunt parlent d'états — ce qu'on devient, ce qui s'achève — l'enterrement parle d'un geste. Une main qui pousse la terre, un corps qu'on recouvre, une foule qui marche derrière. Ce déplacement, de l'état vers l'acte, change toute la lecture d'Ibn Sirin : il y a désormais un sujet et un complément, et le sens bascule selon la place que vous occupez. Celui qui enterre ne lit pas le même songe que celui qu'on met en terre.
Commençons par le cas que personne ne veut faire : vous enterrez une personne encore vivante. Pas un mort. Un vivant que vous connaissez, que vous reconnaissez sous la terre. Le réflexe serait de le lire comme un présage de deuil. Ibn Sirin lit l'inverse, et ce n'est pas tendre pour vous : enterrer un vivant connu, c'est exercer sur lui une emprise, lui nuire, l'écraser d'une domination. La terre que vous tassez sur lui, c'est le pouvoir que vous prenez. Le songe ne vous annonce rien sur sa santé. Il vous tend un miroir sur la vôtre — sur la place que vous occupez dans sa vie, et sur le poids dont vous l'accablez peut-être sans le voir.
L'inconnu, lui, change la note. Enterrer quelqu'un que vous ne reconnaissez pas, c'est en finir avec une affaire en suspens, refermer un dossier qui traînait, recouvrir une faute — la sienne, ou la vôtre. Là, l'image d'Al-Nabulsi devient utile : la terre couvre. Elle dissimule. Couvrir le péché d'un musulman est, dans la tradition, un acte de pudeur récompensé. Enterrer un inconnu peut tenir de ce voile-là, posé sur quelque chose qui méritait d'être tu.
Puis il y a le retournement. Vous n'enterrez pas : on vous enterre, et vous êtes vivant. Ici la douceur s'efface d'un coup. Être enterré vivant, chez Ibn Sirin, c'est l'oppression. L'étau qui se resserre, les moyens qui rétrécissent, parfois jusqu'à la prison au sens propre. La terre n'est plus un voile, elle est un plafond qui descend. Si vous tombez dans la fosse et qu'on comble par-dessus, lisez-y l'angoisse d'une liberté confisquée — un mariage qui enferme, une dette qui ceinture, un emploi qui étouffe. Le songe ne console pas. Il nomme une contrainte que vous portez déjà éveillé, et il vous presse d'en chercher la sortie.
Reste le cortège, et c'est là qu'on entend une interprétation qu'aucune grille recopiée ne vous donnera. Marcher derrière une janaza, suivre la procession, Ibn Sirin l'a rapproché de marcher derrière un homme de pouvoir — et quand le cortège traverse les lieux du commerce, il y a vu le signe d'hypocrisie chez ceux qui négocient. Le détail compte : qui suivez-vous, et où ce convoi vous mène-t-il. Accompagner un mort vers sa tombe avec recueillement n'est pas la même chose que se laisser entraîner dans le sillage d'un cercueil qu'on hisse vers les sommets. Porter le cercueil sur son dos et avancer droit, certains l'ont lu comme l'accès à une haute fonction, à l'argent en abondance. Mais ployer sous son poids, suffoquer, c'est la maladie qui approche ; un cercueil vide, une mauvaise nouvelle ; un fardeau qu'on hisse alors qu'on s'enrichit mal, le gain illicite. Le même geste, selon qu'il vous grandit ou vous écrase, bascule du bien au mal. C'est tout l'art de cette tradition : elle ne lit pas l'objet, elle lit votre rapport à lui.
Un mot, parce que les sites en abusent. On colle volontiers à ces rêves le hadith où le Prophète ﷺ dit : « Évoquez souvent ce qui brise les plaisirs » — c'est-à-dire la mort. Il est rapporté notamment par Ibn Majah et At-Tirmidhi, et les spécialistes le classent hasan, bon, et non sahih : un degré en deçà de l'authentique pur, ce qui n'enlève rien à sa portée mais doit empêcher qu'on le brandisse comme une preuve absolue. Surtout, il invite à se souvenir de la mort, pas à enterrer son prochain en songe. Ne confondez pas l'exhortation spirituelle et l'oniromancie : aucune parole rapportée du Prophète ﷺ ne fixe un sens chiffré à l'acte d'enterrer vu en rêve. Ce que vous tenez, ce sont les lectures d'Ibn Sirin et d'Al-Nabulsi, des hommes faillibles, qui eux-mêmes pesaient chaque détail avant de trancher.
Alors avant de chercher ce que veut dire « enterrement », demandez-vous laquelle des scènes était la vôtre. La main qui recouvre, ou le visage qu'on recouvre. Celui qui suit, ou celui qu'on porte. Ce songe ne raconte jamais une mort. Il raconte un rapport de force — et le plus souvent, il vous place d'un côté précis de ce rapport.
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- Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir (تفسير الأحلام الكبير), VIIIe siècle.
- Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam (تعطير الأنام في تعبير المنام), XVIIIe siècle.
- Le Saint Coran, sourate Al-'Ankabut (29:57), sourate Al-Baqara (2:156).
- Ibn Majah, Muhammad ibn Yazid. Sunan Ibn Majah — hadith sur le souvenir de la mort.