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Tradition onirique islamique

Rêver de accouchement en islam : signification selon Ibn Sirin

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Accoucher en songe, dans la lecture d'Ibn Sirin, ne parle quasiment jamais d'un enfant à venir. Le premier contresens à lever est là : on range ce rêve avec la grossesse, on y cherche une annonce de naissance, un test positif déguisé. Ça parle d'une porte qui s'ouvre sur quelque chose que vous portiez déjà à terme, sans le savoir. Le mot qui revient chez les anciens, c'est faraj : le dénouement, l'air qui rentre enfin.

Et la clé, le détail qui décide de tout, et qu'on comprend presque toujours de travers, c'est la douleur. On la croit mauvaise. Elle ne l'est pas. Dans la grille classique, la peine de l'enfantement onirique ne pronostique rien de sombre : elle mesure. Elle vous dit jusqu'où va la difficulté réelle que vous traversez. Un accouchement qui déchire annonce un dénouement coûteux mais certain ; un accouchement qui glisse, sans cri, annonce une affaire qui se règle d'elle-même. Le soulagement est dans les deux cas au bout. C'est la note à payer qui change, pas l'issue.

Là où la tradition devient précise, c'est sur le qui. Le rêve change de sens selon celui qui le fait. L'endetté qui se voit accoucher voit, dans la lecture d'Ibn Sirin, sa dette s'éteindre. Le prisonnier, le captif, celui qui se sent enfermé d'une manière ou d'une autre : on lui lit sa libération. Le malade, ou le proche d'un malade, qui assiste à une délivrance facile, mère et nouveau-né saufs : on y lit la guérison après une longue maladie. Toujours le même fil : ce n'est jamais le bébé qui compte, c'est ce dont vous accouchez — un souci qui couvait, enfoui, et qui remonte au jour pour s'évacuer enfin.

Ce qui m'a longtemps gêné dans la version populaire de ce rêve, c'est la lecture garçon-ou-fille, débitée comme une loterie. La convention des interprètes classiques est pourtant nette, et elle prend tout le monde à contre-pied : accoucher d'un garçon penche du côté du souci, hamm, parce que le manuel y voit une charge, une responsabilité qui pèse ; accoucher d'une fille penche vers le soulagement, le rizq, la subsistance qui arrive. Al-Nabulsi adoucit le garçon en y plaçant aussi la réussite d'un projet ambitieux — un fardeau, oui, mais un fardeau qu'on a choisi. Prenez-le pour ce que c'est : une grille ancienne, pas une sentence. Le poids que vous ressentez au réveil en dira plus long que le sexe de l'enfant.

Il faut un mot sur le socle coranique, parce qu'on l'invoque souvent de travers. On cite volontiers Maryam secouant le tronc du palmier pour mettre Jésus au monde, et c'est juste : la sourate associe la douleur extrême à la consolation qui suit, les dattes fraîches et l'eau du ruisseau au pire de l'épreuve. Mais le verset qui tient vraiment ce rêve est ailleurs, dans Ash-Sharh : « avec la difficulté est, certes, la facilité » (94:5). Les commentateurs relèvent un point de grammaire qui n'est pas anodin — la difficulté revient avec son article, une seule et même peine, tandis que la facilité, elle, est répétée sans article, donc redoublée. C'est exactement la mécanique de l'accouchement vu en songe : une peine, et de l'autre côté, plus d'allègement qu'on n'en attendait.

Reste une honnêteté que je vous dois. Aucune parole authentique du Prophète ﷺ ne fixe un sens chiffré ou définitif à l'accouchement rêvé ; ce que vous lisez ici relève du travail d'interprétation des oniromanciens, transmis sous le nom d'Ibn Sirin avec toutes les variantes qu'une si longue chaîne suppose. Ça ne prédit pas votre semaine. Ça vous tend un miroir. Si vous vous êtes vu accoucher cette nuit, la vraie question n'est pas quand vous tomberez enceinte — c'est ce que vous portez depuis trop longtemps, et qui demande à sortir.

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