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Tradition onirique islamique

Rêver de tremblement de terre en islam : signification selon Ibn Sirin

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Les grilles de rêves transforment le séisme en métaphore intime : vos fondations vacillent, vos certitudes s'effondrent, vous vous cherchez. C'est joli. Ce n'est pas Ibn Sirin. Chez lui, le tremblement de terre n'est presque jamais une affaire privée. Il regarde dehors. Il regarde le pouvoir.

La lecture classique est précise sur un point que tout le monde escamote : quand le séisme frappe une terre, une région, un endroit défini, il désigne l'injustice de celui qui gouverne cette terre. Le sol qui tremble, c'est le peuple secoué par un dirigeant dur, oppresseur. Ibn al-Kirmani et Al-Nabulsi prolongent la même idée : la secousse dit la corruption installée, l'injustice devenue collective, ce qui se prépare comme épreuve pour une communauté entière. Le séisme onirique parle moins de vous que du monde au-dessus de vous — l'autorité, la fitna, ce qui menace de basculer pour beaucoup à la fois.

D'où vient cette gravité ? D'un seul mot. La sourate 99 s'appelle Az-Zalzala, Le Séisme, et elle ne parle pas d'un accident géologique. Elle ouvre sur la fin : « Quand la terre tremblera de son tremblement, quand elle rejettera ses fardeaux, quand l'homme dira : qu'a-t-elle donc ? » Ce jour-là, dit le texte, la terre racontera ses nouvelles, car ton Seigneur le lui aura inspiré. Le zalzal coranique, c'est la Terre qui rend ses comptes. Voilà l'arrière-plan que porte chaque séisme vu en songe : pas un meuble qui bouge, un ordre qui s'effondre.

Tout dépend alors de ce que fait la secousse. C'est là que se joue la lecture, et c'est exactement ce que les grilles uniformisent. Une terre qui tremble puis se calme, où la poussière retombe, où revient la lumière : l'épreuve passe, elle ne vous emporte pas, elle vous traverse. Une secousse violente qui fend, qui ensevelit, qui ne s'arrête pas : l'avertissement est lourd. Et il y a une asymétrie que les interprètes notent et que je trouve la plus honnête : sortir vivant des décombres, rester debout après que tout a bougé, ce n'est jamais lu comme un mauvais signe. C'est le détail qui compte plus que le séisme lui-même. La terre a tremblé pour tout le monde dans le rêve. La question est de savoir où vous vous tenez quand elle s'arrête.

Un mot, parce que sur ce symbole les inventions abondent. On vous citera des hadiths qui chiffrent le sens d'un séisme en rêve, qui promettent tel malheur à telle date. Il n'en existe pas. Les multiplications de tremblements de terre figurent bien parmi les signes de la fin des temps dans des traditions rapportées — c'est un autre sujet, l'eschatologie, pas l'onirocritique. Aucune parole authentique du Prophète ﷺ ne donne au séisme vu en songe une grille de correspondances. Ce qu'on a, c'est la sourate, et la lecture des interprètes. C'est déjà beaucoup, et c'est suffisant.

Reste ce que ce rêve attend de vous, et là les classiques sont d'accord sans détour. Le séisme rappelle que rien de ce qu'on croit stable ne l'est par soi. La terre, la plus solide des choses, celle sur quoi tout repose, c'est précisément elle qui cède. Le songe ne demande pas d'avoir peur. Il demande de remettre en ordre ce qui doit l'être pendant qu'on en a le temps — une réconciliation qu'on remet, une prière en retard, une affaire laissée en suspens. Non par superstition. Parce qu'un sol qui tremble en rêve dit, à sa manière brute, ce que la sourate dit autrement : un jour, la terre parlera.

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