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Tradition onirique islamique

Rêver de nuages en islam : signification selon Ibn Sirin

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Le nuage, c'est ce qui arrive avant la pluie. Tout le sens du rêve tient dans ce léger décalage. Quand Ibn Sirin lit le nuage en songe, il ne lit pas encore le bienfait : il lit le bienfait en chemin. La miséricorde qui monte à l'horizon, chargée, mais pas encore versée. Vous n'êtes pas devant la récompense. Vous êtes devant son annonce.

D'où vient cette charge ? Du Coran, et précisément d'un passage où le nuage n'apporte pas l'eau mais l'ombre. Dans la sourate al-Baqara, Dieu rappelle aux fils d'Israël errant dans le désert : « Nous vous avons couverts de l'ombre du nuage » — wa zallalnâ ʿalaykumu l-ghamâm (2:57) — avant même de leur envoyer la manne et les cailles. Le nuage y est protection, fraîcheur, faveur gratuite au milieu d'une terre qui tue. C'est cette image-là que la tradition onirique a retenue : le sahâb, dans un rêve, penche du côté de la grâce.

Mais le sens qui surprend, et que les grilles toutes faites oublient, est ailleurs. Pour Ibn Sirin comme pour al-Nabulsi, le nuage en songe, c'est le savoir. La science religieuse, la sagesse, le ʿilm qui descend sur les hommes comme l'eau descend du ciel sur la terre morte. Voilà pourquoi le nuage croise si souvent, dans leurs lectures, les savants et les dirigeants justes : ce sont eux qui portent cette eau et la répandent. Voir des nuages blancs et abondants, c'est voir cette science venir à vous, et avec elle l'apaisement des soucis. Le nuage ne vous dit pas seulement qu'il va pleuvoir. Il vous dit qui fait pleuvoir.

Et c'est là que le rêve cesse d'être une carte météo pour devenir une question posée à vous. Parce que la suite dépend entièrement de ce que vous faites du nuage. Le toucher, monter dessus, ou le regarder filer. Chevaucher les nuages — al-Nabulsi est net là-dessus — c'est l'élévation : un rang qui monte, une influence qui s'étend, parfois la proximité d'une autorité bienveillante. Marcher au-dessus d'eux va dans le même sens. Vous n'êtes plus dessous à attendre l'averse ; vous êtes au-dessus, du côté de ceux qui décident où elle tombe.

Il existe pourtant une image que je trouve plus juste que toutes les autres, et plus dure. Être au milieu des nuages, les avoir tout autour de soi, et ne rien pouvoir en saisir. En tendre la main et la refermer sur du vide. Les anciens y lisaient une chose précise : fréquenter les savants sans rien tirer de leur science. Être assis à la source et repartir la gorge sèche. Si c'est ce rêve-là qui vous a réveillé, il ne parle pas de pluie. Il parle de ce que vous laissez passer.

Le revers existe, et il faut le dire sans le noircir. Les nuages noirs, lourds, menaçants, la tradition les range du côté du souci, de la tristesse qui s'amasse, parfois de l'avertissement. Mais même là, méfiez-vous de la lecture la plus courte. Le nuage noir est aussi celui qui porte la pluie la plus drue. Al-Nabulsi va jusqu'à voir dans certains nuages sombres une joie qui vient — à moins, précise-t-il, que le songe ne soit traversé d'images effrayantes qui en durcissent le sens. Tout, ici, tient au reste du rêve : ce qui tombe ensuite, ce que vous ressentez, ce qui menace ou ce qui couvre. Un ciel gris qui ne crève jamais, un nuage qui promet sans donner, c'est l'attente déçue, la promesse en l'air. Pas un châtiment. Une averse qui n'a pas eu lieu.

Un mot, enfin, sur une histoire qu'on vous servira sûrement ailleurs : le nuage qui aurait suivi le Prophète ﷺ enfant pour l'ombrager sur la route de Syrie, repéré par le moine Bahîrâ. C'est beau, et c'est partout. C'est aussi un récit dont la chaîne de transmission est faible — al-Dhahabî et d'autres l'ont contesté de longue date — et qui n'a jamais fixé le moindre sens onirique. Je ne le mets pas dans la balance de votre rêve, et personne ne devrait. Ce que la tradition tient pour solide tient en peu de mots : le nuage est une faveur en route. Ce qu'il vaut pour vous se décide à l'instant où, en songe, vous tendez la main vers lui — ou vous le regardez partir.

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