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Tradition onirique islamique

Rêver de arc en islam : signification selon Ibn Sirin

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En arabe, on hésite même sur le nom. Les uns disent qaws quzah, l'arc de Quzah. D'autres refusent — Quzah, dans une tradition rapportée d'Ibn Abbas, serait le nom d'un diable — et corrigent en qaws Allah, l'arc d'Allah. La querelle traverse les vieux lexiques, jusqu'à la Nihaya d'Ibn al-Athir. Elle n'est pas anecdotique. Devant cette bande de couleurs tendue après l'averse, les anciens balançaient déjà entre le signe et le soupçon.

Ce balancement, on le retrouve dans le songe.

Parce que l'arc-en-ciel rêvé n'est pas le bonheur facile qu'on lui prête d'ordinaire. Ibn Sirin regarde d'abord où il se tient. À votre droite, c'est la bénédiction, la baraka qui descend. À votre gauche, il se renverse : nouvelles pénibles, contrariétés, soucis qui entrent par la porte. Le même arc, le même ciel — et deux sorts opposés selon le côté.

Les couleurs comptent aussi, et là non plus rien n'est tout doux. Le vert annonce la sécurité, la fin de la disette. Le jaune penche vers la maladie. Le rouge, chez les interprètes classiques, peut dire le sang versé. Une lecture qui rappelle qu'en songe, la beauté n'efface pas l'avertissement — elle le colore.

Reste le fond lumineux, celui qu'on ressent au réveil : l'arc paraît quand l'orage finit. Là-dessus, Al-Nabulsi est plus franchement clément. Il y lit la sortie de crise, la fin des chagrins, la bonne nouvelle qui défait les nœuds. Après la pluie, le répit. L'épreuve qu'on traverse trouve enfin son bord.

Un mot d'honnêteté, parce qu'il le faut. Le Coran ne nomme pas l'arc-en-ciel. Et il n'existe pas, du Prophète ﷺ, de parole authentique qui en fixe le sens chiffré. Ce que vous lisez tient au qiyas, au raisonnement par analogie des interprètes : le phénomène est un signe, une aya parmi les signes de la création, et l'on remonte de la chose vue à ce qu'elle évoque. Quand un site vous récite un hadith précis sur l'arc-en-ciel, méfiez-vous — il l'a sans doute fabriqué.

Quant à l'idée d'alliance, de pacte scellé dans le ciel, elle vient surtout du récit biblique de Noé, où l'arc clôt une promesse après le déluge. La tradition musulmane ne la reprend pas telle quelle. Une trace folklorique en circule, l'arc comme sécurité contre la noyade pour les habitants de la terre ; elle n'a pas de chaîne solide, et mieux vaut ne pas s'appuyer dessus.

Alors que faire de votre rêve ? Regardez de quel côté il s'est dressé. Retenez la couleur dominante. Et surtout votre état au réveil, car l'apaisement n'est pas neutre. Dans cette lecture, le songe prédit moins l'avenir qu'il ne prend le pouls de l'âme — et un ciel qui se rouvre, après l'averse, dit souvent que la vôtre recommence à respirer.

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