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Tradition onirique islamique

Rêver de forêt en islam : signification selon Ibn Sirin

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La forêt n'a pas d'entrée propre dans les vieux traités — pas de chapitre, pas de formule toute faite — et c'est justement pour ça qu'il faut se méfier des sites qui vous récitent « la forêt signifie ceci, précisément ceci ». Le sens, ici, ne se récite pas : il se reconstruit. À partir d'une seule brique, les arbres.

Car chez les anciens interprètes, l'arbre n'est pas un décor. C'est un homme. Un arbre haut et vigoureux, un homme de stature et de droiture ; un arbre sec, quelqu'un qui s'épuise. Cette équivalence, elle, est bien documentée, et elle change tout. Une forêt, alors, ce n'est plus un paysage : c'est une foule. Des hommes serrés les uns contre les autres, aux qualités mêlées, dont vous ne distinguez plus les visages. Vous êtes entré dans un groupe, une affaire, un milieu, et les troncs se referment derrière vous.

D'où le sens que la tradition arabe donne le plus souvent à la ghaba (الغابة) : tenir bon. Rester ferme quand les difficultés arrivent de partout à la fois, ne pas plier, travailler à se dégager sans dommage. La forêt vue en songe est rarement un cadeau. C'est une épreuve de constance. La vraie question n'est pas « est-ce un bon ou un mauvais rêve », mais : qu'est-ce que vous y faites.

Parce que tout se joue dans le mouvement. Avancer d'un pas assuré sous une frondaison verte et touffue, c'est la lecture la plus heureuse — la verdure, dans toute la symbolique islamique, tire vers la miséricorde et l'abondance, et une végétation dense annonce des occasions nombreuses, plus que vous ne saurez en saisir. Mais s'enfoncer dans des taillis sombres où l'on ne voit plus le ciel, c'est autre chose. Là, le motif n'est plus l'abondance. C'est l'égarement. On a perdu le fil — d'une situation, d'une décision, d'un chemin de vie — et on tourne.

Voilà le cœur de ce symbole, et ce qui le sépare nettement d'un jardin. Le jardin est cultivé, ordonné, planté de la main de quelqu'un ; il récompense. La forêt ne récompense rien. Elle est le non-cultivé, le lieu où l'homme n'a pas mis d'ordre, où l'on entre sans carte. Sa difficulté n'est pas la souffrance. C'est la perte des repères.

Reste ce qui rôde entre les arbres. Les bêtes. Sur ce point les interprètes sont constants depuis longtemps : l'animal sauvage et menaçant rencontré dans ces lieux figure un ennemi, une hostilité, une force qu'on ne maîtrise pas — et la bête paisible, l'inverse, une paix. Le fauve n'est pas la forêt elle-même ; il est ce qu'elle abrite. Ce que vous redoutez de croiser quand vous avez déjà perdu votre direction.

Un mot, pour finir, sur les hadiths. Vous lirez ici ou là qu'une parole du Prophète ﷺ fixerait le sens de la forêt en rêve. Il n'en existe aucune d'authentique. Le Coran parle bien d'arbres, parle du jardin, mais aucun texte rapporté ne chiffre ni n'arrête ce que vaut une forêt vue en songe. Tout ce qui précède relève de la lecture des interprètes, pas de la révélation — et un interprète sérieux ajoutait toujours, avant de trancher, qu'il fallait connaître le dormeur : son état, sa foi, sa vie. Le même bois ne dit pas la même chose à celui qui le traverse en confiance et à celui qui s'y sait perdu.

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