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Symbolisme islamique

Rêver d'étoile en islam : signification selon Ibn Sirin

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Les étoiles — al-nujum (النجوم) — occupent une place singulière dans la cosmologie et la symbolique islamiques. Le Coran leur consacre plusieurs sourates et versets : elles sont des signes (ayat) de la puissance divine, des guides pour les voyageurs et des ornements du ciel (sourate Al-Mulk 67:5). Dans la tradition onirique, les étoiles symbolisent les grands savants, les nobles et les frères selon le songe fondateur de Yusuf. Cette page présente l'ensemble des interprétations classiques d'Ibn Sirin et Al-Nabulsi, organisées par type d'étoile et contexte du rêve.

· Ayoub Merlin

Onze étoiles, le soleil et la lune se prosternent devant un enfant : voilà d'où part toute la lecture islamique de l'étoile rêvée. Le songe est celui de Yusuf, dans la sourate qui porte son nom (12:4), et son père Ya'qub n'a pas hésité une seconde — il y a lu l'annonce d'une grande autorité à venir. Ibn Sirin n'a fait que prolonger cette intuition paternelle : les onze étoiles sont les onze frères, des hommes du même rang que le rêveur mais qu'un jour il dépassera. De ce verset descend une équation qui n'a plus bougé : l'étoile, c'est l'homme. Le frère, le pair, le noble, le savant.

Reste à savoir lequel. Et là, tout se joue dans l'éclat. Ibn Sirin classe par la lumière : une grande étoile très brillante, c'est un roi, un prince, un grand savant — plus elle est vive, plus l'homme qu'elle figure pèse, et la voir se lever annonce qu'un tel personnage va entrer dans la vie du rêveur. À l'autre bout, la petite étoile désigne un enfant, un serviteur, quelqu'un de rang modeste mais qui compte ; un essaim de petites étoiles, ce sont des élèves autour de leur maître. Le ciel rêvé est une société entière, hiérarchisée par la brillance.

Cette logique des hommes-astres, Ibn Sirin la pousse jusqu'aux sept planètes de la cosmologie arabe. Chacune a son monde : Saturne pour les paysans et ceux qui travaillent la terre, Jupiter pour les juges et les savants, Mars pour les soldats, Vénus pour les femmes nobles et les artistes, Mercure pour les scribes et les marchands. Reconnaître l'une d'elles dans un songe, c'est nommer la catégorie de gens — ou d'événements — dont il sera question.

Le mouvement compte autant que la taille. Une étoile qui monte vers le zénith, c'est une élévation, une promotion, le sommet d'un domaine atteint. Une étoile qui tombe, c'est l'inverse exact : la mort d'un savant ou d'un noble, un deuil dans la communauté des lettrés ou des puissants. Ibn Sirin pose ici un critère qui dit beaucoup de sa finesse — il regarde ce que ressent le dormeur. Tristesse à la chute, et le deuil sera réel. Neutralité, et c'est simplement la fin d'une ère.

Avant les hommes, pourtant, le Coran fait des étoiles des signes. Trois fonctions, que Dieu rappelle et qui irriguent toute la symbolique : guider les voyageurs dans les ténèbres de la terre et de la mer — « Il est Celui qui vous a accordé les étoiles afin de vous guider dans les ténèbres de la terre et de la mer » (Al-An'am, 6:97) ; orner le ciel ; et chasser les diables qui cherchent à espionner les anges (Al-Mulk 67:5). Cette dernière fonction donne tout son poids à l'étoile filante. Le shihab est un projectile lancé contre ceux qui tentent d'écouter aux portes du ciel (Al-Hijr 15:17-18) ; en rêve, dit Al-Nabulsi, le voir filer peut signifier qu'Allah écarte du dormeur un mauvais esprit ou un ennemi caché.

Mais l'étoile filante est à double face. Traverse-t-elle le ciel avec majesté avant de s'effacer ? Un grand homme s'en va, ou une période faste se ferme. S'écrase-t-elle au sol avec fracas ? Une calamité — la chute d'un dirigeant, un désastre. Tombe-t-elle dans les mains mêmes du rêveur ? Alors c'est tout autre chose : un pouvoir, une autorité qu'on lui remet. Le même astre, selon qu'il glisse, s'abat ou se laisse cueillir, dit la perte ou le règne.

Al-Nabulsi élargit le cadre du local au monde. Le ciel tout entier devient image de la société : clair et criblé d'étoiles innombrables, c'est une communauté florissante, pleine de sages et d'hommes de bien ; noir et vide, c'est le temps de la jahiliyyah, l'ignorance, l'oppression. Et quand on se met à compter ces points de lumière, le présage est bon — Ibn Sirin y voit une nombreuse descendance ou beaucoup de disciples, Al-Nabulsi un accès au rang de savant ou de comptable des biens publics si le compte se fait avec précision. Submergé sans angoisse par des étoiles qu'on ne peut dénombrer, c'est une grâce divine qu'on annonce.

Il y a enfin l'extinction, plus discrète que la chute mais aussi grave. Une étoile qui pâlit lentement, c'est la mort prochaine d'un homme pieux ou d'un proche important. Toutes ensemble qui s'éteignent, et l'obscurité gagne la communauté. Mais qu'une seule disparaisse pendant que les autres tiennent, et Ibn Sirin rassure : la perte sera réelle, le reste du ciel saura faire face. Aucune étoile, dans tout cela, ne brille pour elle-même — c'est toujours d'un homme qu'il s'agit.

Sources et références

  • Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir, VIIIe siècle.
  • Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam, XVIIIe siècle.
  • Le Saint Coran, sourate Yusuf (12:4), sourate Al-Najm (53), sourate Al-An'am (6:97), sourate Al-Mulk (67:5).
  • Ibn Qutaybah, Abu Muhammad. Kitab Ta'bir al-Ru'ya, IXe siècle.

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