Tradition onirique islamique
Rêver de labyrinthe en islam : signification selon Ibn Sirin
Le dictionnaire complet — 150 symboles décryptés — Kindle 6,99 € →Des murs hauts, identiques, et à chaque tournant le même couloir qui recommence. On avance, la sortie recule. Ce n'est pas le rêve où l'on a quitté la route par mégarde. Ici la route elle-même est le piège : elle a été dessinée pour qu'on n'en sorte pas.
C'est cette idée d'architecte que retiennent les interprètes musulmans. Le labyrinthe, chez eux, n'est pas un terrain vague où l'on se serait égaré tout seul. C'est un ouvrage. Quelqu'un l'a élevé. Et la tradition lit ces murs comme les pièges tendus par un adversaire — une manœuvre montée contre vous, une affaire qu'on a rendue inextricable à dessein pour vous y enfermer. Vous tournez en rond, oui, mais pas par maladresse : parce que la complexité a été fabriquée.
Reste qu'Ibn Sirin n'aurait jamais donné un sens unique à pareille image. Sa règle première, celle qui ouvre tout son travail : le même symbole ne dit pas la même chose selon qui dort. L'état du rêveur, sa piété, ce qu'il traverse au réveil — tout pèse. Le labyrinthe d'un homme empêtré dans un litige n'est pas celui d'un cœur tourmenté par un doute sur sa foi. Le décor est le même. L'enfermement, lui, change de nature.
L'éclairage compte, et beaucoup. Des couloirs sombres, où l'on tâtonne sans rien distinguer, la lecture classique les rapproche d'un chagrin qui approche ou d'une maladie qui pèse : l'obscurité ajoute le poids à l'égarement. Un labyrinthe planté dans une forêt prend encore une autre couleur — on y voit l'attrait d'une personne qui séduit pour mieux tromper. L'enchevêtrement, là, est celui d'une relation, pas d'un dossier.
Mais aucune de ces images n'est une condamnation. Trouver la sortie — apercevoir l'issue, poser la main sur le bon couloir — c'est le présage rassurant de cette tradition : le problème qui paraissait sans fin en a une, et vous la tiendrez. Reste la manière. Une part des interprètes lie la traversée du labyrinthe à la droiture. On en sort par le haut, pas par la ruse. Le raccourci par tromperie, la combine pour gagner du temps, se paient. Le rêve, à sa façon, dit que l'issue existe mais qu'elle se mérite proprement.
Un point d'honnêteté, parce que les sites se recopient entre eux : aucune parole authentique du Prophète ﷺ ne fixe un sens au labyrinthe. La figure n'appartient pas au vocabulaire des vieux manuels arabes : étrangère à leur univers de symboles, elle n'y a jamais eu d'entrée à elle. Ce qu'on en lit n'est pas un verset ni un hadith — c'est une extrapolation des notions d'égarement et de piège, déjà présentes, elles, dans les sources. Quant à se remettre à Allah contre la confusion qui serre, les deux dernières sourates du Coran, Al-Falaq et An-Nas, sont la protection que la tradition place là : non pour interpréter le songe, mais pour apaiser celui qui s'en réveille noué.
Un dernier mot sur ce que le labyrinthe ne dit pas. Il ne dit pas que vous êtes perdu. Il dit qu'on a compliqué votre chemin. Ce n'est pas la même chose, et c'est plus encourageant qu'il n'y paraît : un piège, ça a un plan. Donc ça a une sortie.
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