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Symbolisme islamique

Rêver de prison en islam : que signifie être emprisonné ?

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La prison (al-sijn) est l'un des symboles oniriques les plus paradoxaux de la tradition islamique. Là où l'intuition dirait "mauvais présage", Ibn Sirin et les grands interprètes classiques voient souvent un signe de protection divine. Le modèle coranique est le prophète Yusuf (Joseph), qui préféra la prison à la débauche et dont l'emprisonnement injuste précéda directement son accession au pouvoir en Égypte. Ce précédent prophétique structure toute l'herméneutique islamique de la prison dans les rêves.

· Ayoub Merlin

Ibn Sirin a fini sa vie endetté et emprisonné à Bassora. L'homme à qui toute la tradition attribue la science de l'interprétation des songes a passé ses dernières années derrière des barreaux, criblé de dettes qu'il refusait de ne pas honorer — trente mille dirhams, dit-on, que son fils a remboursés après sa mort. On l'avait déjà libéré un instant, des années plus tôt, sur grâce du gouverneur, le temps qu'il accomplisse les dernières volontés d'Anas ibn Malik. Puis il était retourné en cellule. Quand vous lisez ce qu'il dit de la prison vue en rêve, gardez ça en tête. Ce n'est pas un théoricien qui parle de l'enfermement. C'est un homme qui l'a connu de l'intérieur.

Et cet homme ne voit pas la prison comme un malheur. C'est la première chose à désapprendre. On se figure que rêver de barreaux annonce une catastrophe ; la lecture classique dit presque l'inverse. La prison, en songe, préserve. Elle tient le rêveur à l'écart de ce qui l'aurait abîmé dehors. C'est exactement la posture de Yusuf, et le Coran ne laisse aucun doute sur le sens : « Seigneur, la prison m'est plus chère que ce à quoi elles m'invitent » (sourate Yusuf, 12:33). Il préfère la cellule au péché. La prison devient un abri, pas une peine. Et c'est de là — de ce verset précis — que part toute l'herméneutique du symbole : un lieu où Allah met le croyant à l'abri du monde plutôt qu'un lieu où Il le punit.

Mais tout ne tient pas dans cette consolation. La vraie clé, celle que les pages bavardes oublient, c'est la distinction entre la prison que vous connaissez et celle que vous ne connaissez pas.

Une prison familière — un lieu identifiable, des visages que le rêveur reconnaît — reste dans l'ordre du monde. Elle parle d'une contrainte tangible : une dette qui pèse, une obligation dont on ne sort pas, une maladie, une situation verrouillée. Lourde, parfois. Surmontable, presque toujours. C'est la prison d'Ibn Sirin lui-même, celle des dettes.

L'autre est plus grave, au sens propre. Se voir jeté dans une geôle inconnue, parmi des gens qu'on n'a jamais vus, dans un endroit qui n'existe sur aucune carte intérieure — plusieurs interprètes classiques y lisent le qabr. La tombe. Ce n'est pas une métaphore qu'on plaque après coup : la lecture est explicite chez eux, et c'est précisément là que ces deux versions du même rêve cessent de vouloir dire la même chose. L'inconnu déplace tout. Ce n'est plus de votre vie qu'il s'agit, mais de ce qui vient après. Un rêve qui appelle moins l'inquiétude que la préparation.

Reste la question qui décide du reste : pourquoi êtes-vous là ?

Emprisonné sans avoir rien fait, victime d'une injustice — vous êtes du côté de Yusuf, encore lui, dont la prison fut le seuil de la grandeur. L'épreuve injuste précède l'élévation ; c'est presque une promesse. Emprisonné pour une faute que vous reconnaissez, c'est autre chose. Le rêve montre alors une conscience qui sait. Ce n'est pas une condamnation, c'est un rappel — l'heure de se retourner vers Allah, de réparer pendant qu'il en est temps. Al-Nabulsi va jusqu'à dire qu'on peut être prisonnier de ses propres péchés, et que le songe est d'abord une invitation au repentir avant d'être quoi que ce soit d'autre.

Et puis il y a le moment où la porte s'ouvre. Sortir de prison en rêve, voir le jour, marcher dehors — c'est le signe le plus net du lot. La délivrance, le faraj, ce mot que les anciens employaient pour la fin des soucis. Une dette qui se solde, une maladie qui cède, un nœud qui se défait. Si la sortie se fait dans la joie et la lumière, n'y cherchez pas de piège : la tradition la prend telle quelle.

Une dernière chose, parce qu'on lit partout des sens trop arrêtés. Voir un proche derrière les barreaux ne le condamne pas. Au mieux c'est votre inquiétude pour lui qui prend cette forme ; au pire l'annonce qu'une épreuve l'attend. Dans les deux cas la réponse est la même, et elle n'est pas dans le dictionnaire : une invocation pour lui, une présence à ses côtés. Le rêve ne demande pas qu'on le déchiffre. Il demande qu'on agisse.

Sources et références

  • Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir, VIIIe siècle.
  • Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam, XVIIIe siècle.
  • Ibn Qutaybah, Abu Muhammad. Kitab Ta'bir al-Ru'ya, IXe siècle.
  • Le Saint Coran, sourate Yusuf (12:33-36), sourate Al-Inshirah (94).

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