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Tradition onirique islamique

Rêver de toilettes en islam : signification selon Ibn Sirin

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Avant de pousser la porte du lieu où l'on se soulage, le Prophète ﷺ disait une chose précise : « Bismillah, Allahumma innî a'ûdhu bika min al-khubuthi wal-khabâ'ith » — au nom de Dieu, je cherche refuge contre les démons mâles et femelles. C'est un hadith d'Anas, rapporté par al-Bukhari (n°142) et Muslim (n°375), et il n'y a guère d'équivalent ailleurs : on ne demande protection avant de franchir presque aucun seuil comme on la demande avant d'entrer aux cabinets. La tradition fait de cet endroit un seuil. Pas un détail d'hygiène. Un lieu chargé. C'est par là qu'il faut commencer pour comprendre ce que les anciens y ont lu quand il apparaît en songe.

Parce que la lecture d'Ibn Sirin part d'une évidence qu'on oublie : les toilettes, en arabe le kanif ou le bayt al-khalâ', sont d'abord l'endroit où l'on se décharge. On y dépose ce qui pèse. Et le rêve travaille exactement là-dessus. Y entrer, s'y soulager sans peine, ressortir — ce mouvement-là, dans son répertoire, ne dit pas la souillure. Il dit la délivrance. Le souci qui se vide. La dette qu'on solde. Al-Nabulsi va dans le même sens dans son Ta'tîr al-Anâm : l'endetté qui se voit déféquer aisément aux toilettes verra sa dette payée et ses besoins comblés. Évacuer une charge en songe, c'est s'en alléger au réveil.

D'où une chose qui choque le dormeur moderne et qu'il faut dire sans détour : l'excrément, dans cette grille, n'est pas répugnant. Il est lié à l'argent. À la dépense, à ce qui sort et qui circule. Ibn Sirin l'associe aux biens, et voir ses selles quitter le corps proprement annonce souvent qu'on se débarrasse d'un poids financier autant que d'un poids du cœur. Le dégoût qu'on ressent au réveil est nôtre, pas celui des interprètes. Eux regardent le geste — relâcher, lâcher prise — et non la matière.

Reste l'autre face du kanif, et c'est la plus fine. Ibn Sirin range le lieu d'aisance parmi les endroits du secret. Il en fait, dans sa liste, l'endroit où l'on cache son argent, un coffre, une réserve — mais aussi l'endroit où les secrets se dévoilent. Les deux à la fois. C'est qu'on y est seul, à l'abri du regard, et que ce qui se passe à l'abri du regard est précisément ce qu'on dissimule. Voir les toilettes, alors, peut pointer vers ce qu'on garde par-devers soi : une somme mise de côté, ou une chose tue qu'on ne voudrait pas voir affleurer.

Le décor change tout, et c'est ici que le rêve devient lisible. Des toilettes larges, propres, où l'air est respirable : Ibn Sirin y voit l'aisance, le soulagement, une subsistance qui s'élargit. La même scène resserrée se renverse. Des lieux étroits, sales, où l'on étouffe, parlent de crises qui collent, de problèmes qu'on n'arrive pas à chasser — et les classiques vont jusqu'à lire dans l'exiguïté une tension domestique, une gêne entre les époux. L'espace, dans ce songe, est une mesure : ce qui s'ouvre soulage, ce qui se rétrécit oppresse.

Et le rêve très commun, celui qu'on fait tous au moins une fois — chercher des toilettes, l'urgence qui monte, et rien, aucune porte, ou bien une porte qui ne ferme pas. Il n'y a pas de hadith là-dessus, n'allez pas en chercher un. Mais à l'intérieur de la logique d'Ibn Sirin il se lit sans peine : un besoin de se délester qui ne trouve pas son lieu. Quelque chose à poser, à dire, à régler, et nulle part où le faire. La porte absente est l'envers exact du kanif comme refuge du secret — au lieu de l'abri, l'exposition.

Un dernier mot, parce que c'est le sens que la Sunna donne à l'endroit avant même le songe. Le bayt al-khalâ' est le lieu de la taharah qui commence, là où l'on se nettoie pour pouvoir prier. C'est pour ça qu'on y entre en cherchant refuge, et qu'on en sort en disant « ghufrânak », pardonne-moi. Le voir propre en rêve et y être à l'aise n'est donc jamais anodin dans cette tradition : c'est l'image de ce qui se purifie et se relâche en vous. Le voir bouché, débordant, fermé, c'est l'image inverse — quelque chose qui devait sortir et qui reste pris. Le rêve ne fait que vous montrer de quel côté vous penchez.

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