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Tradition onirique islamique

Rêver de téléphone en islam : signification selon Ibn Sirin

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Une voix arrive sans corps. C'est ça, au fond, un appel : quelqu'un vous parle de loin, vous l'entendez, et il n'est pas là. Les vieux interprètes ne connaissaient pas le combiné, mais la chose qu'il fait, eux la lisaient déjà sous d'autres formes. La voix qui traverse la distance, le messager qu'on n'attendait pas, la lettre qui arrive avant son auteur. On ne lit donc pas l'appareil. On lit ce qu'il transporte, et on le rattache, par analogie, aux symboles que les classiques ont bel et bien traités : le rasul, le messager ; le kitab, la lettre ; la voix qui appelle.

Et ces symboles-là, dans la tradition, penchent volontiers du bon côté. Une nouvelle qui vous parvient, un message reçu, c'est souvent l'annonce heureuse, le retour d'un voyageur, un rizq qui s'approche. Mais tout dépend de deux choses, et les interprètes y reviennent sans cesse : qui vous parle, et ce que la voix vous dit. C'est le contenu et l'identité de l'interlocuteur qui décident du sens, pas l'objet. Retenez surtout le mouvement de fond : un appel, c'est une convocation. Quelque chose, quelqu'un, vous demande de répondre.

Reste à savoir ce que vous faites de la sonnerie.

Le cas qui mérite qu'on s'arrête, ce n'est pas l'inconnu menaçant des sites à frissons. C'est le proche. Recevoir l'appel d'un père, d'une mère, d'un parent, on peut l'entendre comme un rappel du droit qu'ils ont sur vous — le birr al-walidayn, ce devoir de les honorer que le Coran place tout près de l'adoration d'Allah. La famille, plus largement. Le téléphone est l'instrument du lien, et l'islam tient ce lien, la silat al-rahim, pour sacré. Voilà pourquoi un appel reçu d'un proche, en songe, n'est presque jamais anodin : il vient vous demander si, éveillé, vous tenez encore le fil.

D'où l'autre versant, le plus instructif. Le téléphone qui ne marche pas. Vous composez, ça ne sonne pas ; vous décrochez, plus de voix ; l'appareil meurt dans votre main. Là, le rêve cesse de promettre et se met à pointer. Une communication rompue — avec un vivant qu'on a laissé filer, parfois avec sa propre prière qu'on n'adresse plus. L'appel qu'on lance sans réponse, on peut le rapprocher de l'invocation pas encore exaucée : non pas refusée, en attente. La consigne tient en un mot. Insistez.

Le défunt qui appelle, lui, ne fait pas peur quand on l'a bien lu. Sa voix au bout du fil, on la reçoit comme un rappel de l'akhira, l'au-delà qui tend la main par-dessus la coupure. Écoutez ce qu'il dit, si quelque chose est dit. Et faites la seule chose qui ait du sens de ce côté-ci : priez pour lui, demandez pour lui le pardon. Le rêve ne vous rend pas le mort. Il vous rend une dette de prière.

Un mot, enfin, sur ce que ce symbole révèle de vous plus que de l'avenir. Le Coran avertit qu'aucune parole ne tombe dans le vide : « Il ne prononce pas une parole sans avoir auprès de lui un observateur prêt à l'inscrire » (sourate Qaf, 50:18). Et le Prophète ﷺ a tranché, dans un hadith rapporté par Abou Hourayra chez Bukhari et Muslim : que celui qui croit en Allah et au Jour dernier dise du bien, ou qu'il se taise. Un téléphone, dans un rêve, c'est une bouche ouverte sur le monde. Ce qui en sort vous engage. Si le songe vous montre un appel réussi, une voix claire, un proche retrouvé — remerciez, le fil tient. S'il vous montre l'écran noir et le silence, ne cherchez pas le présage au-dehors. Le numéro à rappeler, vous le connaissez déjà.

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