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Tradition onirique islamique

Rêver de livre en islam : signification selon Ibn Sirin

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Ce qui rend un livre lourd, en rêve, ce n'est pas ce qu'il contient — c'est ce qu'il pourrait être. Car en arabe le kitab n'est pas seulement l'ouvrage qu'on tient, ni même le Coran : c'est aussi le registre de vos actes, celui qu'on vous tendra le Jour du Jugement, dans la main droite ou dans la gauche. Les interprètes musulmans n'ont jamais perdu ce troisième sens de vue, et c'est lui qui plane sur le moindre livre rêvé.

Commençons par le plus simple. Ibn Sirin lit d'abord le livre comme le savoir et l'autorité. Lire en songe, recevoir un ouvrage des mains d'un homme de bien ou d'un prophète, c'est recevoir une guidance, une science utile, parfois une charge, une fonction. Des livres en nombre autour de soi : un rang qui monte, une influence, parfois un bien. Un livre clair, beau, lisible penche du bon côté. Un texte sombre, brouillé, dont les lignes refusent de se laisser lire, met en garde — quelque chose vous échappe encore, et le rêve le dit sans le nommer.

Mais le livre ne reste jamais longtemps un simple emblème de connaissance. Al-Nabulsi le rattache au kitab al-a'mal, le registre des œuvres. Et là, le rêve change de poids. Ce n'est plus ce que vous savez qui est en jeu. C'est ce que vous avez fait.

Et la suite tient à un geste : quelle main reçoit le livre.

Le Coran a tout fixé. Celui à qui son écrit est remis dans la main droite — « Tenez, lisez mon livre ! » (Al-Haqqa, 69:19) — passe un compte facile et revient vers les siens dans la joie (Al-Inshiqaq, 84:7-9). Celui à qui on le tend dans la gauche, ou derrière le dos, appelle sur lui sa propre perte : il s'écrie « Hélas pour moi ! Si seulement on ne m'avait jamais remis mon livre ! » (69:25) — car ce qu'il y lit le condamne. Voilà la grille que les anciens appliquent au songe. Un livre tendu, et la droite qui se referme dessus : signe de salut, de bilan léger. La main gauche : un avertissement, un appel à corriger le tir tant qu'il est encore temps.

Inutile, d'ailleurs, d'aller chercher un hadith qui chiffrerait le sens du livre vu en rêve : il n'en existe pas d'authentique. Ce qui éclaire ce songe est dans le Coran même, et c'est sans ambiguïté. C'est rare. La plupart des symboles obligent à raisonner par analogie ; celui-ci a son verset.

C'est là qu'il se sépare des autres. Un message qu'on reçoit, une lettre, parle d'une nouvelle, d'un absent, d'un mot qu'on attend. Le livre, lui, vous met face à votre compte. Le rêve vous place une fois de plus devant votre registre — en avance, comme une répétition.

Écrire, et non lire, déplace encore le sens. Composer un livre en songe, c'est mettre de l'ordre dans sa propre histoire, lui donner une forme, vouloir transmettre quelque chose qui vous dépasse. Les interprètes y voient un projet qui prend corps, une parole qu'on cherche à laisser derrière soi. Rarement un mauvais présage.

Reste à se souvenir de ce que le rêve montrait vraiment. Pas le titre. Pas l'épaisseur de l'ouvrage. La main qui le tenait, et l'état dans lequel vous l'avez pris. Le reste, Ibn Sirin l'aurait rappelé, dépend toujours de celui qui dort — de sa foi, de sa conscience, de ce qu'il sait, au fond, devoir relire.

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