Tradition onirique islamique
Rêver de ascenseur en islam : signification selon Ibn Sirin
Le dictionnaire complet — 150 symboles décryptés — Kindle 6,99 € →Tout ce qui monte, dans un rêve, dit la même chose chez Ibn Sirin : l'élévation — de rang, de science, de proximité avec Allah. Tout ce qui descend dit l'inverse : la régression, la perte, l'éloignement. L'ascenseur n'invente rien à cette grammaire vieille de douze siècles ; il l'emprunte avec un moteur. La cabine est neuve, le sens est ancien — et c'est dans le mouvement, jamais dans la machine, qu'il faut lire le songe.
Cette règle, Ibn Sirin l'applique à tout. Une échelle, une montagne, un escalier, un oiseau qui prend de l'altitude — tout mouvement vers le haut dit la même chose. Élévation de rang, de science, de proximité avec Allah. Et la descente dit l'inverse : régression, perte, éloignement. L'ascenseur ne fait qu'emprunter cette grammaire avec un moteur. La cabine est neuve, le sens est vieux de douze siècles.
Monter, donc, est favorable. Une promotion qui se prépare, un projet qui aboutit, une âme qui s'élève. Le Coran adosse cette lecture à une promesse précise : « Allah élève en degrés ceux d'entre vous qui ont cru et ceux qui ont reçu le savoir » (Al-Mujadilah, 58:11). On notera que ce verset ne parle pas d'effort ni de mérite arraché — c'est Allah qui élève. Le rêveur transporté vers le haut n'actionne aucun câble. Il est porté. La nuance compte : la réussite annoncée par ce songe n'est pas un dû conquis, c'est un don.
Reste que la cabine ne monte pas toujours sagement. Et c'est là que le mouvement, plus que l'objet, devient tout le message.
Une montée trop rapide change de couleur. Elle annonce un rizq généreux, une subsistance qui afflue d'un coup — mais quand la vitesse vire au vertige, quand l'estomac se soulève à mesure que les étages défilent, le rêve avertit. Une ascension qui dépasse le confort de celui qui la vit. On peut s'élever plus vite qu'on est prêt à le faire ; le succès aussi a ses excès. L'étage où la cabine s'arrête et l'émotion qu'on y éprouve disent, mieux que la direction seule, si l'on tenait debout dans cette montée.
La descente se lit en miroir, à une réserve près. Glisser vers le bas peut signaler une perte — de rang, de bien, d'estime — ou sonner comme un reproche voilé contre une faute qu'on traîne. Mais tout dépend de la manière. Descendre dans la panique n'est pas descendre dans le calme. Celui qui choisit l'étage inférieur sans angoisse, qui s'abaisse sereinement, mime le tawadu', cette modestie qui se tient volontairement plus bas qu'elle ne le pourrait. Le geste est le même, l'intention le retourne.
Puis il y a la cabine qui ne bouge plus. Bloquée entre deux paliers, ni montée ni chute. Les classiques ne voyaient pas de plus claire image de l'épreuve que cet arrêt forcé. C'est un sabr imposé, une patience qu'on n'a pas choisie, une halte que la vie décrète. Le rêveur seul dans la boîte porte une épreuve qui n'appartient qu'à lui ; entouré d'inconnus muets, il partage un sort commun, et l'attente devient celle d'un groupe. La durée de l'immobilité, dans le songe, épouse la durée du blocage qu'on subit éveillé.
Au fond de toute cette mécanique veille un récit plus haut que tous les ascenseurs. L'Isra' wal-Mi'raj — le voyage nocturne du Prophète ﷺ et son ascension à travers les cieux — reste le modèle de toute élévation dans cette tradition. Rien de mécanique là-dedans, rien d'un câble et d'un treuil ; et pourtant le rêveur qui s'élève dans sa cage moderne touche, en plus pauvre, à ce même mouvement vers le haut. Une aspiration à se rapprocher, simplement, drapée dans le décor du siècle.
Ce que les savants d'aujourd'hui retiennent tient en peu : un objet neuf n'est pas un objet vide. On ne jette pas un rêve parce qu'Ibn Sirin n'a pas connu l'électricité. On le ramène à la verticale, on regarde dans quel sens elle penche, et on agit. À la montée, on remercie et on saisit. À la chute ou à l'arrêt, on patiente, on invoque, et on relit sa propre conduite pour y corriger ce qui doit l'être. La sérénité gardée pendant le trajet, qu'on grimpe ou qu'on tombe, en dit déjà long sur le tawakkul de celui qui rêve.
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