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Tradition onirique islamique

Rêver de fenêtre en islam : signification selon Ibn Sirin

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Une fenêtre n'est pas une porte. La porte sert à passer ; la fenêtre, elle, ne laisse passer que le regard et la lumière, jamais le corps. C'est une ouverture qui refuse de s'ouvrir complètement, et toute son ambivalence onirique tient dans ce demi-geste. Ibn Sirin la nomme nafidha — de la même racine que nafadh, ce qui traverse, ce qui pénètre. La langue le dit avant l'interprète : ce dont on rêve quand on rêve d'une fenêtre, c'est de quelque chose qui entre. Reste à savoir quoi, et dans quel sens.

Dans le sens favorable, c'est la lumière. La fenêtre ouverte par où le jour tombe sur le sol de la pièce, voilà l'image que les interprètes classiques lisent presque sans hésiter : une porte de rizq qui s'entrebâille, une subsistance ou une bonne nouvelle qui arrive du dehors, un savoir qui parvient au dormeur. La lumière n'est pas neutre dans cette tradition ; elle penche vers le nur, cette clarté que le Coran associe à la guidance. Rêver qu'un rayon entre par la vitre et éclaire l'intérieur, c'est rêver d'une compréhension qui se fait, d'une chose obscure qui s'éclaire — au sens propre.

Mais une fenêtre travaille dans les deux directions. Ce par où la lumière entre est aussi ce par où le regard sort, et surtout ce par où le regard d'autrui entre. Et c'est là que le symbole, en islam, se charge d'un poids moral que les manuels de rêve modernes ignorent. Car l'islam tient l'intérieur de la maison pour un sanctuaire. On rapporte que le Prophète ﷺ a dit, selon Abou Hourayra : « Quiconque épie l'intérieur d'une maison sans la permission de ses habitants, il leur est permis de lui crever l'œil. » Le hadith est dans le recueil de Muslim. La formule est dure, presque excessive — et c'est exactement le but. Elle mesure la gravité de l'intrusion à la violence permise pour la repousser.

Alors rêver qu'on regarde par la fenêtre de quelqu'un, qu'on s'attarde sur ce qui se passe chez le voisin, n'est pas anodin. Cela touche à ce que le Coran nomme tajassus, l'espionnage : « Wa lâ tajassasû » — « Et ne vous espionnez pas les uns les autres » (Al-Hujurât, 49:12). Le rêve peut alors fonctionner comme un rappel adressé au dormeur sur sa propre curiosité, son penchant à fouiller ce qui ne le regarde pas. À l'inverse, rêver qu'un visage vous observe depuis votre fenêtre, qu'un œil est posé sur votre intimité sans que vous l'ayez invité, glisse du côté du hasad, l'envie, ce regard qui convoite et qui peut nuire.

Reste la vitre elle-même. Une fenêtre fermée, voilée par un rideau, ne dit pas forcément le blocage. Elle peut dire le sitr — ce voile protecteur qu'Allah étend, selon la tradition, sur les fautes et l'intimité du croyant, et qu'il recommande à ses serviteurs d'étendre les uns sur les autres. La vitre est précisément cela : un sitr transparent, qui laisse passer la clarté mais retient le corps et arrête, normalement, le regard. Un secret bien gardé, une chose protégée, une affaire qu'il vaut mieux ne pas étaler.

D'où la lecture qu'on peut faire de la fenêtre brisée. Le verre cassé, c'est le sitr déchiré. La protection du foyer qui cède, l'intimité exposée, la pudeur entamée. Si quelqu'un l'a brisée de l'extérieur, l'avertissement vise une intrusion qu'on subit ; si c'est le rêveur qui l'a fait éclater, il faut peut-être chercher du côté de ce qu'il a lui-même laissé voir, ou voulu fuir. Car derrière l'image se cache souvent un enfermement : on ne casse une fenêtre, ou on ne saute par elle, que lorsque la porte — la voie normale, licite, posée — paraît close.

Et c'est, au fond, la position que le symbole prête au dormeur. Être à l'intérieur, regardant au-dehors : voir la dunya, l'agitation du monde, depuis un espace protégé. Le croyant qui contemple les affaires d'ici-bas à travers sa fenêtre n'y est pas plongé ; il regarde, il pèse, il garde une distance. Ce que vous apercevez par la vitre — un paysage clair ou un ciel chargé — dit moins l'avenir lui-même que l'œil avec lequel vous le guettez.

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