Symbolisme islamique
Rêver de rire en islam : signification selon Ibn Sirin
Le dictionnaire complet — 150 symboles décryptés — Kindle 6,99 € →Le rire — al-dahk (الضحك) — est un symbole ambigu dans l'oniromancie islamique. L'islam valorise le sourire prophétique et la joie sincère, mais met en garde contre le rire excessif qui endurcit le cœur. Dans les rêves, le rire peut annoncer la bonne nouvelle ou signaler un manque de sérieux spirituel, selon sa nature. Ibn Sirin et Al-Nabulsi ont développé une grille d'interprétation fine qui tient compte du type de rire, du contexte et des émotions ressenties pour en dégager la signification exacte.
· Ayoub Merlin
Vous avez ri dans votre sommeil, franchement, à pleine gorge, et vous vous réveillez avec le sentiment tenace d'avoir reçu un bon présage. C'est précisément là qu'Ibn Sirin vous arrête. Plus le rire est fort en songe, moins il annonce la joie. Le rire qui éclate, qui secoue, celui dont on ne se contrôle plus, il se renverse à l'interprétation : on l'a longtemps lu comme l'annonce d'un chagrin. Le sourire, lui, le rire sans bruit, garde son sens premier de bonne nouvelle. Toute la lecture islamique du rire tient dans cet écart entre le volume et le sens.
Pourquoi cette inversion ? Elle ne sort pas de nulle part. Elle s'appuie sur une parole authentique du Prophète ﷺ, rapportée par Anas et conservée dans les deux Sahih : « Si vous saviez ce que je sais, vous ririez peu et vous pleureriez beaucoup » (al-Bukhari, Muslim). Le rire débridé, dans cet horizon, n'est pas l'état de celui qui a compris. C'est l'état de celui qui a oublié. Alors quand il surgit en rêve, démesuré, les anciens y ont vu moins une promesse qu'un avertissement déguisé — le revers d'une insouciance qui se paiera. C'est la fameuse règle de l'inversion, le ta'wil al-'aks : certaines images se lisent à l'envers de ce qu'elles semblent dire.
Ne forcez pas la règle pour autant. Tout rire ne bascule pas dans la peine. Le sens dépend de ce que vous faisiez de votre bouche. Un sourire — ce que la langue arabe distingue par tabassum — reste de part en part un signe heureux, et pour cause : c'était la manière même du Prophète ﷺ, dont les compagnons décrivent qu'il « souriait » plus qu'il n'éclatait de rire. Sourire en rêve, ou voir quelqu'un vous sourire, c'est de la sérénité qui vient, une affaire qui s'apaise, une dette de tristesse qui se solde. Le rire bas, retenu, presque silencieux, penche du même côté. C'est l'éclat, le rire qui se voit et s'entend de loin, qui appelle la prudence.
Il y a un rire, dans le Coran, qu'aucun interprète ne renverse. Celui de Sara. Quand les messagers viennent annoncer à Ibrahim la naissance d'Isaac, sa femme, debout, « se mit à rire » — fa-dahikat — et l'on lui annonça l'enfant dans la foulée (sourate Hud, 11:71). Rire de stupeur devant un don qu'on n'attendait plus, devant l'impossible qui se fait. Ce rire-là n'a rien de la légèreté qu'on reproche ailleurs ; c'est presque une prière de surprise. Si votre rire de rêve a ce goût — l'émerveillement net devant une grâce inespérée — ne cherchez pas l'inversion. La source la plus haute le valide tel quel.
Reste le cas que les gens redoutent le plus : rire de quelqu'un, ou se voir entouré de gens qui rient de vous. Le rire moqueur, la dérision, ce n'est plus de la joie, c'est une arme. Vu de votre côté — vous qui raillez —, l'image vous renvoie à votre langue, à une parole qui blesse et qu'il faudra rattraper. Vu de l'autre côté — eux qui rient de vous —, plusieurs anciens y ont lu un retournement consolant : ceux qui paraissent se moquer sont souvent ceux que votre réussite dérange. La moquerie, dans les deux sens, parle d'orgueil. La vôtre, ou la leur.
Un dernier mot sur le « trop de rire », parce qu'on le cite partout sans jamais dire d'où il vient. La phrase existe — « ne riez pas trop, car l'excès de rire fait mourir le cœur » — mais elle est rapportée par Abu Hurayra avec une chaîne unique, ce qu'at-Tirmidhi qualifie de gharib ; elle n'a pas le rang des deux Sahih. Je la mentionne pour ce qu'elle vaut, pas plus, parce que beaucoup de pages la brandissent comme un verdict définitif sur votre rêve. Elle ne l'est pas. Ce qui tient, en revanche, c'est le verset d'An-Najm : « C'est Lui qui fait rire et qui fait pleurer » (53:43). Le rire et les larmes ont la même origine. C'est pour cela qu'en songe ils se touchent, et qu'ils s'échangent parfois leur place.
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- Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir (تفسير الأحلام الكبير), VIIIe siècle.
- Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam (تعطير الأنام في تعبير المنام), XVIIIe siècle.
- Le Saint Coran, sourate An-Najm (53:43), sourate Hud (11:71).
- Al-Bukhari, Muhammad ibn Isma'il. Sahih al-Bukhari — hadiths sur le comportement du Prophète et le rire.
- Ibn Majah, Muhammad ibn Yazid. Sunan Ibn Majah — hadith sur les méfaits du rire excessif.