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Tradition onirique islamique

Rêver de faire l'amour en islam : signification selon Ibn Sirin

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La science des rêves en islam ne rougit pas. Là où l'on s'attendrait à de la gêne, Ibn Sirin et ceux qui l'ont suivi ouvrent calmement le sujet et le trient. Tous les rêves d'intimité ne sont pas de la même eau, voilà leur premier réflexe. Avant de chercher un sens, ils regardent avec qui, et dans quel état le dormeur s'est réveillé.

L'union avec son épouse ou son époux légitime occupe, chez Ibn Sirin, la place la plus claire et la plus heureuse. Elle ne parle presque jamais de l'acte lui-même. Elle parle de la maison : une barakah qui s'installe dans le foyer, des biens qui augmentent, parfois un enfant qui s'annonce. L'image renvoie à ce qu'elle féconde, pas à ce qu'elle montre. Al-Nabulsi affine en glissant un critère simple : ce qui décide du présage, ce n'est pas le détail de la scène, c'est l'humeur au réveil. Une joie tranquille, une sensation de paix qui dure encore les yeux ouverts — il y lit un bonheur conjugal en route.

Avec un visage inconnu, le terrain devient plus mouvant et la lecture se fait prudente. Ibn Sirin y voit volontiers un gain qu'on n'attendait pas, l'union valant ici comme une acquisition, une prise — à condition que le rêve s'achève bien. C'est une logique d'analogie, pas de morale : ce que les bras saisissent, la main finit par le tenir. Mais que la scène vire au trouble, qu'elle laisse un goût amer, et l'interprète referme aussitôt le livre.

Car la tradition tient deux registres qu'elle ne confond jamais. Il y a le songe, et il y a le hulm. Quand le rêve met en jeu une union manifestement interdite par la charia et qu'il dépose au matin de la honte, du malaise, une gêne qui colle, on a quitté le domaine du sens. C'est l'œuvre du Shaytan, et l'œuvre du Shaytan ne se déchiffre pas. La conduite enseignée est précise et tout entière tournée vers le détachement : ne pas le raconter, se retourner sur l'autre côté, et chercher refuge — أعوذ بالله من الشيطان الرجيم. On ne discute pas avec une image qui n'avait rien à dire.

Reste une question que beaucoup se posent à voix basse et qui n'a, en droit, rien d'embarrassant. Si une pollution nocturne — l'ihtilam — a suivi le rêve, le ghusl devient obligatoire avant la prière : la grande ablution rituelle, sans laquelle on ne se présente pas. Et qu'on l'entende bien : ce n'est pas un péché. Ce qui se produit dans le sommeil échappe à la volonté, et le Prophète ﷺ a établi que l'acte involontaire du dormeur n'engage pas sa responsabilité morale. La purification est une affaire de rite, non de faute. Distinction tenue depuis des siècles, et qui épargne bien des scrupules inutiles.

Au fond, ces interprètes invitent à déplacer le regard. On voudrait analyser la scène ; eux ramènent sans cesse à l'émotion qu'elle laisse. Joie ou malaise — c'est presque la seule donnée qui leur importe. Le reste, ils conseillent de le taire : les rêves intimes ne se racontent pas, et l'on fait mieux de renforcer les invocations du soir, les adhkar, que de scruter des détails. La tradition range ces rêves parmi ceux qui demandent de la retenue avant de demander un sens. C'est peut-être la sagesse la plus utile qu'elle transmet sur un sujet où l'on s'agite si facilement : tout n'est pas message, et reconnaître ce qui ne mérite pas d'être lu fait déjà partie de la lecture.

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