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Tradition onirique islamique

Rêver de blessure en islam : signification selon Ibn Sirin

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Une plaie ne ment pas. C'est sans doute pour cela que les interprètes musulmans l'ont rangée à part des autres images douloureuses du sommeil : le feu peut signifier la colère ou la passion, l'eau noire peut tout dire et son contraire, mais la blessure — al-jurh, الجرح — a une franchise que les autres symboles n'ont pas. Quelque chose a été ouvert. Reste à savoir par qui, et où.

Ibn Sirin commence par la main qui tient la lame plutôt que par la chair. Si la blessure vient d'un ennemi, elle annonce un conflit bien réel avec une personne de l'entourage — pas une métaphore vague, un visage. C'est une lecture qui dérange un peu nos habitudes : on attendrait que le rêve nous parle de nous, et il nous renvoie vers l'autre, vers une dispute qui couve et que le dormeur fait peut-être semblant de ne pas voir. La blessure n'est pas toujours une plainte ; parfois c'est un avertissement.

Puis vient la question de l'endroit, et là Ibn Sirin devient presque chirurgical. La main touchée parle du métier, des affaires, de ce que vos mains font pour gagner votre pain. La tête atteinte vise plus haut : l'honneur, la réputation, le nom que les gens prononcent quand vous n'êtes pas là. Le pied blessé, lui, ralentit le voyage — un déplacement contrarié, un projet qui n'avance plus. Trois plaies, trois domaines. Le rêveur qui se réveille avec l'image précise de l'endroit blessé tient déjà la moitié de la réponse.

Le sang, ensuite, change tout selon la manière dont il coule. Une entaille qui se referme vite dans le rêve allège la lecture : l'épreuve sera courte, l'affaire se dénouera. Mais la plaie qui saigne sans s'arrêter, qui s'ouvre encore alors que le dormeur voudrait la voir cicatriser, annonce une difficulté qui s'installe et tire en longueur. Il y a là une intuition assez juste des classiques — ils savaient qu'une souffrance se mesure moins à sa profondeur qu'à sa durée.

Et puis il y a le geste qui renverse tout le symbole. Soigner la blessure d'un autre. Là où la plaie reçue annonçait le conflit, la main qui panse celle du voisin est lue comme un signe de générosité et de miséricorde — deux vertus qu'on ne place pas au hasard dans cette tradition, puisqu'elles sont au cœur de ce que l'islam demande au croyant. Le même rêve, vu du côté du soin, cesse d'être une menace pour devenir une promesse sur ce que vaut le dormeur. C'est peut-être ce qui distingue le mieux la lecture musulmane d'une simple grille de symptômes : elle regarde aussi ce que vos mains choisissent de faire de la douleur.

Cette ligne court d'ailleurs de Muhammad Ibn Sirin, au VIIIᵉ siècle, jusqu'à Al-Nabulsi mille ans plus tard, et Al-Kirmani entre les deux — non pas une voix unique, mais une conversation qui s'est tenue sur des siècles, chacun reprenant et nuançant les autres. La blessure y reste un point fixe : une atteinte, un manque, quelque chose à refermer.

Reste ce que la tradition propose au dormeur troublé, et ce n'est pas un sortilège. Réciter Al-Fatiha, qu'on a longtemps appelée al-shifa, « la guérison ». S'en remettre à la formule de protection, l'isti'adha, qui cherche refuge auprès de Dieu. Derrière le geste, l'idée que le Coran soigne : « Nous faisons descendre, du Coran, ce qui est une guérison et une miséricorde pour les croyants » (Coran 17, 82). Et un autre verset, que les anciens citaient pour la même raison, vise un endroit que le médecin ne voit pas — « une guérison pour ce qui est dans les poitrines » (Coran 10, 57) —, comme si le texte savait déjà que les plaies dont on rêve sont rarement celles que l'on montre.

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