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Tradition onirique islamique

Rêver de dauphin en islam : signification selon Ibn Sirin

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Les maîtres de Bassora n'avaient jamais vu de dauphin de près, mais ils avaient posé une règle qui le range d'avance : un animal marin qui ne s'attaque pas à l'homme figure un être humain — et plus la bête est douce, plus l'homme qu'elle annonce est de bon fond. Le dauphin, qui ne mord pas le nageur et qu'on a toujours vu coller aux barques, hérite de la meilleure place : un ami sincère, un associé qui ne trahit pas, un bienfaiteur qui ne réclame rien en retour.

D'où l'image de nager à ses côtés. Elle n'a rien d'aquatique au fond ; elle parle des affaires du monde, de l'al-dunya. Une compagnie qui porte ses fruits, un partenariat ou une amitié d'où coule la barakah. Al-Nabulsi, dans son Ta'tir al-Anam, élargit la chose au-delà de l'animal lui-même : toute bête marine qui ne nuit pas et qui vit en bonne entente avec les marins apporte de bonnes nouvelles — et elles viennent de personnes en mer, ou de gens dont le commerce se fait sur l'eau. Voir le dauphin rejoindre votre bateau, c'est lire une protection sur un voyage ou sur une entreprise qui s'annonçait rude.

Le Coran tient la mer pour un lieu de faveur, non de menace. « C'est Lui qui a rendu la mer propice pour que vous en mangiez une viande fraîche et que vous en retiriez des ornements que vous portez » (An-Nahl, 16:14). La créature douce de cette mer-là participe de la grâce qu'évoque le verset ; elle n'est pas du côté des prédateurs, et c'est précisément ce qui la rend favorable.

Reste le jeu. Le dauphin saute, retombe, recommence, et al-Kirmani lit dans cette gaieté autre chose qu'un ornement : un halal rizq, une subsistance licite qui arrive avec légèreté, sans qu'on s'épuise à la mériter. Le bond hors de l'eau, lui, dit l'élévation soudaine — un rang qui monte d'un coup, une nouvelle qu'on n'attendait pas et qui tombe bien. C'est peut-être la nuance la plus jolie du symbole : ailleurs la provision se gagne à la sueur ; ici elle vient en bondissant.

Le Maghreb a gardé sa propre lecture, plus terrienne, plus familiale. On y voit dans le dauphin le présage d'une traversée heureuse, ou le retour sain et sauf d'un proche parti loin — celui qu'on attend sans nouvelles. Et ce gris bleuté de sa peau, on l'a associé au calme, à cette confiance posée en Allah qu'on nomme tawakkul.

Un mot pour finir sur la méthode, parce qu'elle change tout. Aucun de ces sens ne s'applique d'office. Ibn Sirin pèse l'état de celui qui rêve et les circonstances de sa vie avant de trancher. Un songe paisible, dont on se réveille apaisé, penche vers la ru'ya, la vision qui porte un signe. Un songe qui trouble peut n'être qu'un hulm, un remous de l'âme ou du sommeil, et celui-là ne demande pas qu'on l'interprète — seulement qu'on le laisse passer.

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