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Symbolisme islamique

Rêver d'obscurité en islam : signification selon Ibn Sirin

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L'obscurité — al-zalam (الظلام) — est l'un des symboles les plus chargés de sens dans l'oniromancie islamique. Dans le Coran, Allah est la Lumière des cieux et de la terre (sourate An-Nur, 24:35), et l'obscurité représente l'absence ou l'éloignement de cette guidance divine. Rêver d'obscurité mobilise donc les significations les plus profondes de la cosmologie islamique : l'épreuve, la désorientation, mais aussi l'appel intérieur à retrouver la lumière divine.

· Ayoub Merlin

Une lumière, des ténèbres : le Coran ne met jamais ces deux mots au même nombre. An-nur, la lumière, au singulier ; az-zulumat, les ténèbres, au pluriel. Al-Baqara le pose sans détour : Allah fait sortir les croyants des ténèbres vers la lumière, tandis que ceux qui rejettent, leurs alliés les tirent de la lumière vers les ténèbres (2:257). Une lumière. Des ténèbres. Ibn Kathir, comme d'autres commentateurs, s'arrête sur ce déséquilibre grammatical et en tire une règle nette : on ne se guide que d'une seule façon, on se perd de mille. C'est précisément ce que met en scène un songe d'obscurité. Pas un malheur qui tombe. Une perte de repère.

Le Coran a d'ailleurs une image pour cet état, et elle ressemble à s'y méprendre au rêve lui-même. Dans la sourate An-Nur, l'homme privé de guidance est comparé à quelqu'un au fond d'une mer profonde, recouvert d'une vague, sur laquelle pèse une autre vague, surmontée de nuages : des ténèbres les unes au-dessus des autres. Quand il tend la main, il la voit à peine (24:40). Zulumatun ba'duha fawqa ba'd. Des ténèbres empilées, en couches. C'est la texture exacte de ce genre de songe. Pas le noir d'une nuit ordinaire — le noir où l'on ne distingue plus sa propre main. Le doute posé sur le doute.

Ibn Sirin, puis an-Nabulsi après lui, rangent donc l'obscurité du côté de l'égarement — dalal —, du doute, et parfois de quelque chose de plus lourd quand le cœur s'est détourné de sa direction. Mais ils ne mélangent pas tout. La nuit véritable, celle qui garde une lune, des étoiles, une orientation possible, n'a rien d'inquiétant ; c'est l'heure du repos et de la prière de la fin de nuit, et beaucoup de bien se fait à son abri. Ce qui pèse, c'est l'autre. L'obscurité sans aucune source. Sans le moindre point pour se situer. Si bien que la question à se poser au réveil n'est pas « était-ce sombre » — c'est « restait-il une lumière quelque part ».

Parce que tout bascule là. Une lampe au loin, une lueur sous une porte, une seule étoile : et le rêve change entièrement de sens. Le verset qui décrit les ténèbres empilées en donne la sortie quelques lignes plus haut — Allah est la lumière des cieux et de la terre (24:35), et c'est Lui qui fait sortir des ténèbres ceux qu'Il veut. Apercevoir une clarté dans le noir, même faible, c'est déjà l'amorce du retour. Si elle grandit lentement, la chose se dénouera lentement. Si elle surgit d'un coup, l'aide viendra d'où on ne l'attendait pas.

Un dernier mot sur ce qu'on lit ailleurs. Aucun hadith authentique du Prophète ﷺ ne fixe un sens chiffré à l'obscurité vue en songe — ni un nombre de jours d'épreuve, ni un présage daté. Ce qui tient, et qui suffit amplement, c'est ce couple que le Coran répète d'un bout à l'autre du Livre : les ténèbres et la lumière, l'égarement et la guidance. Le rêve ne fait que vous replacer devant la question. Vers laquelle des deux marchez-vous.

Sources et références

  • Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir (تفسير الأحلام الكبير), VIIIe siècle.
  • Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam (تعطير الأنام في تعبير المنام), XVIIIe siècle.
  • Le Saint Coran, sourate An-Nur (24:35), sourate Al-Layl (92:1-3).
  • Ibn Kathir, Isma'il. Tafsir al-Qur'an al-Azim, XIVe siècle — commentaire du verset de la Lumière.

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