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Tradition onirique islamique

Rêver de fuite en islam : signification selon Ibn Sirin

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Fuir avec la peur au ventre, c'est meilleur signe que fuir l'âme tranquille. La phrase déroute, et pourtant elle est d'Ibn Sirin. Dans sa lecture, la frayeur qui vous fait détaler annonce justement le retour au calme, la sécurité retrouvée. Fuir sans rien ressentir, froidement, c'est l'autre versant : le signe qu'un terme approche, qu'une échéance se referme. La même course, deux sens opposés. Tout dépend de ce que vous éprouvez en courant.

Le deuxième point qui sépare un rêve de fuite d'un autre : savez-vous pourquoi vous fuyez ? Si oui, si dans le songe vous connaissez la menace, si vous pouvez la nommer, Ibn Sirin y voit un mouvement de retour. Le pécheur qui revient. La repentance, la guidance. Fuir devient alors une bonne chose : on se détourne du mal en pleine conscience. L'ignorance, elle, brouille tout.

Ensuite seulement vient la question de qui, de quoi vous fuyez. Le sens y bascule entièrement.

Fuir un ennemi, dans la tradition, n'a rien de glorieux. Ça dit la défaite, la faiblesse, le sentiment d'être dominé. Le rêve met le doigt sur une situation éveillée où vous courbez l'échine. Fuir un animal, en revanche, se lit autrement : vous esquivez un danger, vous mettez de la distance entre vous et ce qui pourrait vous mordre. Échapper à un fauve, à un serpent, à une bête qui charge, chercher refuge ici n'a rien de honteux. C'est même sain.

Il faut séparer deux choses que les sites confondent sans cesse. Fuir un danger, et fuir ses devoirs. Le Coran et la Sunna sont durs avec la seconde : déserter le combat, al-firâr min az-zahf, tourner le dos quand il faudrait tenir, compte parmi les grandes fautes que le Prophète ﷺ a nommées. Si votre rêve a ce goût-là, si vous lâchez un poste, abandonnez les vôtres, fuyez ce que vous deviez affronter, le songe vous tend un miroir, pas une consolation.

Et puis il y a la fuite que l'islam ordonne. Une seule. « Fuyez vers Allah », fa-firrû ilâ-llâh, sourate Adh-Dhâriyât, verset 50. Le même verbe, firâr, qui désigne la désertion devient ici un commandement. Toute la différence tient dans la direction. Fuir pour échapper, et fuir vers. On court loin d'une menace, ou bien on court vers un refuge. Le rêveur qui, traqué dans son songe, se met à invoquer, à réciter, à chercher abri dans la prière, et qui le trouve, celui-là Ibn Sirin le rassure : protection divine, victoire sur ce qui le poursuivait.

Un mot, parce que la prudence l'exige. Aucun hadith authentique ne fixe un sens mécanique, chiffré, au fait de fuir en rêve. Vous lirez partout des correspondances pile-poil : fuir tel poursuivant annoncerait ceci, s'enfuir tel jour signifierait cela. Méfiez-vous-en. Ibn Sirin lui-même refusait ces tables toutes faites. Il demandait d'abord qui était le rêveur. Son âge, sa piété, sa vie. Le même songe console l'homme droit et avertit l'autre.

Alors, avant de courir après un présage, posez la vraie question. Vous fuyez quoi ? Et surtout, vers où ? La réponse n'est pas dans le dictionnaire. Elle est dans ce que vous évitez de regarder en face, les yeux ouverts.

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