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Tradition onirique islamique

Rêver de conduire en islam : signification selon Ibn Sirin

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Tenir un volant en rêve, ce n'est pas voyager. C'est commander. Et c'est précisément là que se loge le sens, dans la nuance que la plupart des interprétations modernes ratent en confondant la voiture, la route et le geste de conduire. Le véhicule, c'est votre situation. La route, c'est votre chemin. Conduire, c'est autre chose : ce sont vos mains sur les commandes. La question que pose ce rêve n'est pas où vous allez, ni dans quoi vous roulez. C'est : qui mène ?

Ibn Sirin n'a évidemment jamais vu de voiture. Mort en 728, il interprétait des montures — chevaux, chameaux, embarcations. Mais sa lecture du fait de monter et de diriger se transpose presque mot pour mot, parce qu'elle ne portait déjà pas sur l'animal. Elle portait sur la prise. Chez lui, celui qui maîtrise sa monture maîtrise ses affaires ; son rang, ses moyens d'avancer dans la vie tiennent dans cette maîtrise. La bête obéit, l'homme gouverne. C'est un songe d'autorité tranquille.

Le détail qui décide de tout, c'est la bride. Le lijam, dans la tradition, n'est pas un accessoire : c'est le symbole même du contrôle. Ibn Sirin est sévère sur ce point. Monter sans bride, ne plus pouvoir retenir sa monture, être sur le point d'être désarçonné — il range cela parmi les visions peu flatteuses, présage d'une période d'embûches et d'obstacles. Quand les rênes échappent à la main, la tradition y lit même un relâchement dans la conduite intérieure, pas seulement dans les affaires. Transposez à la conduite : la voiture sans freins, la pédale qui s'enfonce dans le vide, ce n'est pas une catastrophe annoncée. C'est l'image exacte d'une affaire qui vous a échappé des mains. Un projet qui s'emballe, une dépense qui dérape, quelque chose que vous avez lancé et que vous ne savez plus arrêter. Le rêve ne prédit pas l'accident. Il nomme la perte de prise.

Et la vitesse, alors ? On la croit toujours mauvaise. Elle ne l'est pas en elle-même. Al-Nabulsi, au tournant du XVIIIe siècle, lit le déplacement rapide comme le désir d'atteindre son but au plus vite — un élan, pas une faute. Tout se joue dans un seul mot : garder le contrôle de cette vitesse, ne pas la laisser devenir dangereuse. Rouler vite en tenant fermement la trajectoire, c'est l'ambition d'un homme à sa pleine puissance. Rouler vite sans pouvoir ralentir, c'est le même homme que la monture emporte. Ibn Sirin range cette seconde image du côté de la bête qui s'emballe : l'homme emporté, qui agit dans la précipitation et sans recul, vers une rivalité ou un risque qui ne lui vaudront rien. La frontière entre les deux ne passe pas par le compteur. Elle passe par vos mains.

Être passager, c'est l'envers du symbole. Si vous n'êtes pas au volant, quelqu'un d'autre tient vos commandes. Reste à voir qui. Un proche, un supérieur, un inconnu — chacun désigne une zone de votre vie où vous avez cédé la direction. Parfois c'est un soulagement, parfois un abandon. Le rêve ne tranche pas à votre place ; il vous montre simplement la place que vous occupez.

Là où Ibn Sirin parle de la prise, Al-Kirmani, au IXe siècle, ajoute la lecture du chemin. La route droite dit la droiture, le tracé sinueux dit les compromis et les hésitations. Al-Nabulsi, lui, insiste sur la destination : savoir où l'on va est toujours bon signe. L'ignorer trahit une confusion dans les priorités. Mais notez bien l'ordre des choses. Le chemin et la destination décrivent la vie ; conduire décrit ce que vous en faites. On peut très bien savoir où l'on va et avoir lâché le volant. C'est même la situation la plus inconfortable de toutes.

Un mot, enfin, sur ce qu'on vous présentera ailleurs comme une certitude prophétique. Aucun hadith authentique ne fixe un sens à la conduite vue en songe — ni à la voiture, qui n'existait pas. Sur les rêves eux-mêmes, la parole du Prophète ﷺ qui éclaire le mieux notre propos est celle rapportée par Abou Razin al-Uqayli, conservée chez Tirmidhi et Ibn Mâja : le rêve repose sur la patte d'un oiseau jusqu'à ce qu'on l'interprète, et il se réalise alors selon cette interprétation. Autrement dit : rien n'est fixé d'avance. Le sens dépend de ce que vous en faites — exactement comme la voiture dépend de qui tient le volant. Avant de chercher un présage, demandez-vous d'abord, en vous réveillant, si dans ce rêve vous conduisiez, ou si vous étiez conduit. Tout le reste découle de cette seule réponse.

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