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Symbolisme islamique

Rêver de chute libre en islam : tomber dans un rêve

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Tomber dans un rêve est l'une des expériences oniriques les plus universelles et les plus documentées. En islam, la chute est un symbole riche qui peut signifier aussi bien une perte de statut qu'un avertissement spirituel, un éloignement de la foi ou une épreuve divine qui précède un relèvement glorieux. Le modèle coranique est celui de Yusuf (Joseph), jeté dans un puits par ses frères, pour ensuite s'élever au rang de gouverneur d'Égypte : la chute peut être le prélude à la grandeur.

· Ayoub Merlin

L'estomac qui remonte, l'air qui siffle, et surtout : pas de sol en vue. La chute ordinaire finit par un choc — on heurte quelque chose, on sursaute, c'est fini. La chute libre, elle, ne finit pas. On tombe, et on tombe encore, et le fond ne vient jamais. C'est ce vide-là, précisément, que les interprètes classiques ne lisent pas comme une chute parmi d'autres.

Parce que chez Ibn Sirin, ce qui porte le sens d'une chute, ce n'est presque jamais le fait de tomber. C'est l'arrivée. Tomber dans une eau claire, dans un jardin, dans un puits, dans le feu : chaque destination donne sa couleur au rêve. L'eau lave, le puits trahit, le feu condamne, le jardin retourne le présage en bonne nouvelle. La chute n'est qu'un trajet ; le sens attend en bas. Or une chute libre n'a pas de bas. Pas de destination. Rien à lire par le point d'impact, puisqu'il n'y en a aucun.

Alors le sens se déplace. Il ne tient plus à l'endroit où l'on tombe, mais à la durée elle-même.

Ibn Sirin rattache la chute d'une hauteur à une perte de rang, et il en mesure la gravité à la hauteur : plus on tombe de haut, plus la déchéance est lourde. Statut, fonction, réputation — et la foi quand on tombe d'un minaret. Al-Nabulsi reprend ce vocabulaire et le décline : tomber d'un trône, c'est perdre le pouvoir ; tomber d'un arbre, rompre avec celui qui vous protégeait. Toujours la même grammaire. On tombe de quelque chose, vers quelque chose, et la perte est datée, chiffrable.

La chute libre fausse ce calcul. On ne tombe de rien de précis, et on n'atterrit nulle part. Ce que la tradition décrit dans ce cas, ce n'est plus tant une perte qu'un suspens. Tomber sans toucher le sol, c'est l'image d'une affaire qui ne se tranche pas. On attend un verdict, une décision, une issue — et elle tarde. L'angoisse du rêve n'est pas celle de l'impact ; c'est celle de l'attente qui dure, de l'entre-deux où l'on n'est ni tombé ni sauvé.

Il faut être franc sur un point. Beaucoup de pages mettent dans la bouche du Prophète ﷺ un sens chiffré de la chute — tant de secondes, telle hauteur, tel présage exact. Rien de tel n'existe. Aucun hadith authentique ne fixe le sens d'une chute en rêve, encore moins d'une chute sans fin. Ce qu'on a, ce sont des lectures d'interprètes — Ibn Sirin, Al-Nabulsi, Ibn Shahin — qui raisonnent par analogie, pas une parole prophétique. La distinction compte, surtout sur un rêve aussi chargé d'angoisse que celui-là.

Reste la part claire, et elle est réelle. Le même Ibn Sirin dit que celui qui tombe puis se relève, ou qui est rattrapé avant la fin, verra sa situation s'améliorer largement. Or c'est exactement ce qui manque à la chute libre : la fin. Tant que le rêve dure, rien n'est joué — ni la perte, ni le secours. Et dans cette tradition, un sort qui n'est pas scellé reste un sort qu'on peut renverser. Le vide n'est pas le verdict. C'est l'intervalle avant le verdict.

Une dernière chose, terre à terre. La secousse brutale juste en s'endormant — ce sursaut qui donne l'impression de rater une marche — n'a rien d'un songe à interpréter. C'est le corps qui se relâche, pas un message. Le vrai rêve de chute libre est celui qui s'étire, où l'on tombe longtemps, conscient de tomber. Celui-là, et lui seul, est ce que les anciens lisaient.

Sources et références

  • Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir, VIIIe siècle.
  • Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam, XVIIIe siècle.
  • Le Saint Coran, sourate Ta-Ha (20:121-123), sourate Yusuf (12:15).
  • Ibn Qutaybah, Abu Muhammad. Kitab Ta'bir al-Ru'ya, IXe siècle.

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