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Symbolisme islamique

Rêver de voyage en islam : départ, retour et significations

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Le voyage (al-safar) occupe une place centrale dans la civilisation et la spiritualité islamiques. Les grandes figures de l'islam — Ibrahim, Moussa, et le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) — ont tous effectué des voyages fondateurs qui ont transformé le cours de l'histoire. L'Isra et le Mi'raj, le voyage nocturne céleste du Prophète, est l'archétype suprême du voyage spirituel. Cette dimension sacrée du voyage structure toute l'interprétation onirique islamique des rêves de déplacement, d'exil et de retour.

· Ayoub Merlin

Quand le Coran veut secouer un croyant installé, il ne lui ordonne pas de prier davantage. Il lui dit de marcher. « Voyagez sur la terre et observez comment ont fini ceux qui ont traité les messagers de menteurs » (An-Nahl, 16:36). Bouger, regarder, comprendre. C'est dans cette tradition qu'Ibn Sirin lit les rêves de départ, et c'est pourquoi il y voit, presque toujours, du mouvement vers le mieux.

Partir, dans le manuel onirique, c'est commencer quelque chose. Une mission, un projet, un virage de vie. Si la route est belle et le départ joyeux, la nouvelle phase le sera aussi. Mais Ibn Sirin regarde les détails avec une attention de douanier : celui qui part à regret laisse derrière lui quelque chose d'important, et celui qui oublie ses affaires sur le quai trouvera des obstacles au seuil de son projet. Le rêve ne ment pas sur les bagages.

Justement, les bagages. Il leur accorde une place qu'on ne soupçonne pas. Légers, bien préparés, ils disent une vie ordonnée et une foi solide. Lourds, encombrants, ils sont les péchés, les dettes, les obligations qui tirent le voyageur vers l'arrière. Et puis il y a le cas qui résiste à la lecture simple : oublier ses bagages, les perdre. Allègement des responsabilités, ou perte de ses moyens. Le même geste, deux versants — c'est au dormeur, et à sa vie éveillée, de trancher lequel.

Le solitaire a mauvaise réputation dans nos têtes modernes. Pas ici. Voyager seul, pour Ibn Sirin, c'est porter une mission individuelle, un défi qu'on relève sans renfort. Les grandes routes de l'islam furent souvent solitaires ; le Mi'raj, ce voyage nocturne où le Prophète ﷺ fut élevé, ne se partage pas. La solitude ne devient un mauvais signe que lorsqu'elle se double d'égarement : se perdre en chemin, ne plus savoir où aller, c'est là que le rêve parle d'abandon et de besoin d'un guide.

Reste la destination. Toutes ne se valent pas. Un voyage vers La Mecque ou Médine figure parmi les songes les plus bénis qu'on puisse faire — Ibn Sirin comme Al-Nabulsi y lisent l'annonce possible d'un Hajj ou d'une Umrah réels, ou à défaut une soif spirituelle si vive qu'elle vaut confirmation de la sincérité du croyant, même démuni, même incapable de partir pour de vrai. Le désert, lui, est d'un autre ordre : terre d'épreuve par excellence, celle de Moussa au Sinaï, celle du Prophète en retraite à la caverne d'Hira. S'y retrouver seul, c'est traverser un test de la foi.

Et le voyage qui épuise ? On le croirait sinistre. Al-Nabulsi renverse la lecture : la difficulté de la route est proportionnelle à la grandeur de ce qui attend à l'arrivée. Celui qui peine, trébuche, et finit par atteindre sa destination reçoit l'annonce que ses efforts seront payés, fût-ce au prix de longues peines. Le sabr, cette endurance que l'islam érige en vertu, trouve là sa traduction onirique exacte.

Il faut quitter un instant la géographie. Al-Nabulsi distingue trois étages dans un même rêve de route : le déplacement physique à venir, la transition de statut social, et la progression — ou le recul — dans la foi. La même image vaut sur les trois plans à la fois, et c'est cette superposition qui rend le symbole si dense. Car au fond, la tradition soufie n'a jamais cessé de le rappeler par la voix d'Ibn Arabi et de Rumi : la vie entière est un safar, une traversée brève du monde matériel vers la demeure éternelle. Rêver qu'on voyage, c'est se voir avancer sur cette route-là.

Le plus beau songe, pourtant, n'est pas le départ. C'est le retour. Ibn Sirin le range parmi les présages les plus heureux de toute la tradition et le compare au retour du pèlerin après le Hajj : transformé, purifié, chargé de bénédictions pour les siens. La mission accomplie, le problème résolu, les êtres chers retrouvés. Et si le voyageur revient les bras chargés de cadeaux, alors ce qu'il rapporte ne sera pas pour lui seul.

Sources et références

  • Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir, VIIIe siècle.
  • Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam, XVIIIe siècle.
  • Ibn Qutaybah, Abu Muhammad. Kitab Ta'bir al-Ru'ya, IXe siècle.
  • Le Saint Coran, sourate Al-Isra (17:1), sourate An-Nahl (16:36), sourate Al-Kahf (18:60-82).

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