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Symbolisme islamique

Rêver d'avoir faim en islam : interprétation selon Ibn Sirin

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La faim — al-ju' (الجوع) — est une sensation fondamentale dans l'expérience humaine et dans la spiritualité islamique. L'islam a fait du jeûne (sawm) l'un de ses cinq piliers, transformant la faim volontaire en acte d'adoration suprême. Dans les rêves, la faim revêt donc une signification particulièrement riche : elle peut signaler une épreuve matérielle, un manque spirituel ou, paradoxalement, une aspiration vers la proximité divine. Ibn Sirin et Al-Nabulsi ont développé une interprétation complète de ce symbole que cette page présente en détail.

· Ayoub Merlin

Le jeûne est un pilier. Un mois par an, des millions de croyants choisissent la faim avant l'aube et la tiennent jusqu'au soir. Et pourtant, le Prophète ﷺ demandait à Dieu d'en être préservé — il l'appelait un bien mauvais compagnon de couche, dans une invocation rapportée par Abu Dawud. La même sensation, sacrée d'un côté, repoussée de l'autre. C'est sur cette ligne de partage que se joue le rêve de faim.

Ibn Sirin ne la classe pas parmi les mauvais présages, et c'est ce qui surprend. Pour lui, avoir faim en songe vaut souvent mieux qu'être rassasié — comme la soif promet l'eau, la faim promet la subsistance à venir. Une faim modérée dit l'homme en mouvement : celui qui cherche son rizq, qui n'est pas encore arrivé mais qui avance. Le manque, ici, n'est pas une punition. C'est un moteur. Reste à patienter, car la satiété vient presque toujours après, dans sa lecture — surtout pour le pauvre, à qui il conseille d'attendre qu'Allah le dédommage.

L'autre versant est moins doux. La faim qui ne se calme jamais, celle qui pousse à manger encore et encore sans qu'aucun plat ne suffise, ne parle plus de besoin. Elle parle d'avidité. Le dormeur qui s'empiffre sans un regard pour la part des autres se voit lui-même, et ce qu'il voit n'est pas flatteur : le désir qui dévore et ne rassasie pas. Al-Nabulsi va plus loin et rattache certaines faims au deuil, à la peur. Tout dépend de ce que cette faim fait au rêveur — si elle l'oriente ou si elle le ronge.

Le Coran, lui, range la faim parmi les épreuves annoncées : « Nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim, de perte de biens, de vies ou de récoltes » — et la phrase se referme sur une bonne nouvelle pour les endurants (Al-Baqara, 2:155). Rêver de faim, dans ce cadre, peut être le pressentiment d'une gêne passagère. Jamais une condamnation : l'épreuve, dans le verset, est toujours bornée par la patience qui la suit.

Et puis il y a la faim qu'on choisit. Se voir jeûner, refuser un plat alors que le ventre crie, supporter le manque sans s'en plaindre — Al-Nabulsi y lit la piété, parfois même la finesse du comportement. C'est la faim du zuhd, celle qui maîtrise l'appétit au lieu de le subir. La frontière avec l'avidité ne tient pas à l'intensité du manque, mais à sa direction : vers soi, ou loin de soi.

Alors avant de trancher, repassez la scène. Cherchiez-vous à manger, ou dévoriez-vous ? Avez-vous fini par trouver de quoi vous rassasier, ou la faim est-elle restée entière ? Trouver un repas ample après le manque reste, chez Ibn Sirin, l'un des meilleurs signes — la délivrance qui arrive enfin. Voir d'autres affamés vous concerne aussi : moins un présage qu'un rappel, celui de la part qu'on doit aux autres. La faim, en rêve comme à jeun, finit par poser la même question : qu'est-ce qui, au juste, vous manque ?

Sources et références

  • Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir (تفسير الأحلام الكبير), VIIIe siècle.
  • Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam (تعطير الأنام في تعبير المنام), XVIIIe siècle.
  • Le Saint Coran, sourate Al-Baqara (2:155), sourate Al-Ghashiyah (88:1-7).
  • Al-Bukhari, Muhammad ibn Isma'il. Sahih al-Bukhari— hadiths sur le jeûne et l'ascétisme.

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