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Symbolisme islamique

Rêver de faire une dua en islam : signification selon Ibn Sirin

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La dua — al-du'a (الدعاء) — est la supplication par excellence en islam, cet acte intime de communication directe entre le serviteur et son Créateur. Dans l'oniromancie islamique, rêver de faire la dua est l'un des rêves les plus signifiants : il révèle l'état spirituel du rêveur, sa relation avec Allah et la proximité ou l'éloignement de l'exaucement de ses prières. Ibn Sirin et Al-Nabulsi ont traité ce symbole avec une profondeur particulière dans leurs œuvres classiques.

· Ayoub Merlin

Les mains se lèvent, les lèvres bougent, et aucun son ne sort — ou bien le son sort et c'est une langue que vous ne parlez pas. Voilà la forme la plus courante sous laquelle la dua revient dans un rêve : pas une scène de mosquée bien éclairée, mais un geste qui déborde le rêveur, comme si quelqu'un d'autre suppliait à travers lui. C'est précisément ce débordement que l'oniromancie islamique a essayé de lire, parce qu'il dit quelque chose que la prière éveillée, calculée, polie, ne dit jamais aussi crûment : vers quoi le cœur se tourne quand on ne le surveille plus.

Il faut commencer par le verset que tout le monde cite, mais en le lisant pour ce qu'il dit. Dans la sourate Al-Baqara, Allah parle du croyant à la troisième personne — « Et quand Mes serviteurs t'interrogent sur Moi » — puis bascule brutalement à la première : « alors Je suis tout proche : Je réponds à l'appel de celui qui M'appelle quand il M'appelle » (2:186). Pas d'intermédiaire dans la phrase, pas même le Prophète ﷺ à qui elle est pourtant adressée. Ibn Kathir et Al-Qurtubi insistent sur un point qu'on oublie : cette proximité n'est pas spatiale. Allah n'est pas « à côté ». Il est proche de l'appel lui-même. Ce qui change tout pour un rêve, où il n'y a justement plus de distance, plus de corps, plus de lieu — rien que l'appel.

D'où l'intuition d'Ibn Sirin, dans son Tafsir al-Ahlam : la dua vue en songe n'annonce pas un exaucement comme on annoncerait une bonne nouvelle extérieure. Elle dit où en est le rêveur. Une supplication longue, absorbée, où l'on se perd, signale une âme qui a réellement besoin ; le rêve mesure la profondeur de ce besoin, pas l'issue de la prière. Les commentateurs aimaient relier cela à la sourate Al-A'raf : « Invoquez votre Seigneur avec humilité et en secret » (7:55). Le secret, dans un rêve, n'est plus une vertu qu'on s'impose. C'est l'état par défaut. Personne ne vous voit prier. C'est peut-être pour cela que ces dua-là passent pour les plus sincères : il n'y a plus de témoin à impressionner.

On répète volontiers que la dua serait « le cerveau de l'adoration », mukhkh al-'ibada, et on met la formule dans la bouche du Prophète ﷺ. Soyons honnêtes sur ce point : ce hadith-là, rapporté par Anas, Tirmidhi lui-même l'a jugé faible. Mais il en existe un autre, solide celui-là, où al-Nu'man ibn Bachir rapporte que le Prophète ﷺ a dit « la dua, c'est l'adoration » (ad-du'a huwa al-'ibada), avant de réciter aussitôt ce verset de la sourate Ghafir : « Appelez-Moi, Je vous répondrai » (40:60). Le rapprochement est voulu. Supplier n'est pas un préliminaire à l'adoration ; c'est l'adoration prise en flagrant délit. Et si c'est vrai éveillé, rêver qu'on supplie, c'est se surprendre en train d'adorer sans l'avoir décidé.

Reste le détail qui inquiète : la dua qui retombe, qui semble ignorée, ce sentiment d'appeler dans le vide. Ibn Sirin n'y voit pas un refus d'Allah — Il ne refuse pas — mais un obstacle du côté du rêveur. La tradition en nomme trois, toujours les mêmes : un péché qu'on traîne sans le confier au repentir, un lien de parenté qu'on a laissé se rompre, une bouche nourrie de gains troubles. Le rêve ne punit pas. Il montre la porte qui coince.

Et les larmes, quand elles viennent ? Al-Nabulsi, dans son Ta'tir al-Anam, les compte parmi les meilleurs signes — non parce que pleurer serait beau, mais parce que la khouchou', cette gravité qui plie la nuque, ne se simule pas en songe. Il ajoute une note qui touche les endeuillés : la dua faite en rêve pour un mort serait d'une force rare, le cœur du dormeur étant pour une fois lavé du calcul du jour. On entend dans cette idée moins une promesse qu'une consolation — celle de découvrir, au réveil, qu'on avait prié pour quelqu'un sans même se l'être permis éveillé.

Comme tout songe en islam, celui-ci ne se lit pas seul. Le moment compte — le dernier tiers de la nuit reste, dans les hadiths, le plus véridique — et surtout l'émotion qui demeure quand on ouvre les yeux. Une paix qui s'attarde n'a pas le même goût qu'une angoisse qui s'accroche. C'est elle, cette émotion résiduelle, qu'il faut interroger en premier, avant même les mots du rêve.

Sources et références

  • Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir (تفسير الأحلام الكبير), VIIIe siècle.
  • Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam (تعطير الأنام في تعبير المنام), XVIIIe siècle.
  • Le Saint Coran, sourate Al-Baqara (2:186), sourate Ghafir (40:60), sourate Al-A'raf (7:55).
  • Al-Bukhari, Muhammad ibn Isma'il. Sahih al-Bukhari, IXe siècle — hadiths sur la dua et les rêves véridiques.

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