Symbolisme islamique
Rêver de sorcellerie en islam : signification selon Ibn Sirin
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La sorcellerie — al-sihr (السحر) — est un sujet majeur dans le Coran et la tradition prophétique. Le Coran l'évoque dans la sourate Al-Baqarah (2:102) : « Ils suivirent ce que les diables avaient récité sous le règne de Salomon [...] ils enseignent aux gens la sorcellerie. » Et dans la sourate Al-Falaq (113:4) : « Contre le mal de celles qui soufflent sur les nœuds. » Rêver de sorcellerie en islam est un rêve chargé de significations, entre avertissement, fitna et protection divine. Ibn Sirin et Al-Nabulsi y voient un symbole de tromperie, de manipulation et d'influence néfaste, mais aussi — dans certains contextes — de victoire et de guérison spirituelle par la roqya.
Un sortilège dans un rêve effraie. C'est précisément l'erreur que les anciens nous demandent de ne pas commettre. Ibn Sirin est formel sur ce point : voir du sihr en songe n'est presque jamais la preuve qu'on en est victime éveillé. C'est une langue, pas un diagnostic. Et cette langue parle d'autre chose que de magie — elle parle de gens.
Car le mot, en arabe, traîne derrière lui une scène coranique que tout interprète garde en tête. Sourate Al-Baqarah, verset 102 : les diables enseignaient aux hommes « ce qui était descendu sur les deux anges à Babylone, Harut et Marut ». Le même verset pose la limite que les onirocrites n'oublient jamais : ils « ne sauraient nuire à personne sans la permission d'Allah ». Tout est là. La sorcellerie existe dans le texte, mais elle est tenue en laisse. C'est pourquoi le rêve de sihr, aussi noir soit-il, n'est lu ni comme une fatalité ni comme une condamnation — c'est un avertissement, et un avertissement se déjoue.
Reste à savoir de quoi il avertit. Le même verset le dit en une formule qui a tout orienté : par cette science, certains apprenaient « ce par quoi ils séparaient l'homme de son épouse ». Séparer. Diviser. Al-Nabulsi a fait de cette idée le cœur de sa lecture. Dans son Ta'tir al-Anam, le sihr onirique n'est pas d'abord un pouvoir occulte, c'est ce qui rompt les liens — le tiers qui s'immisce dans un couple, le rival qui sème la zizanie, l'envieux qui brise une amitié. Rêver de sorcellerie qui vise son mariage relève directement de ce sihr al-tafriq : non pas un présage de malédiction, mais le miroir d'une inquiétude, la peur que l'union se fissure ou que la jalousie d'autrui s'y glisse.
D'où le personnage du sorcier, qui revient si souvent dans ces songes. Al-Nabulsi le démythifie presque. Le sahir vu en rêve, ce n'est pas un mage ; c'est quelqu'un de l'entourage qui avance par la ruse plutôt que par la force, par la flatterie plutôt que par la franchise. Une méthode, pas un métier. Le rêve désigne du doigt celui dont les manières ressemblent à du sihr : tromper, monter les uns contre les autres, manœuvrer dans l'ombre. Le voir échouer, fuir, être vaincu inverse tout — c'est alors un signe de protection, l'ennemi caché démasqué.
Il y a un cas que la tradition isole et qu'on aurait tort de prendre pour une bizarrerie : le sihr ma'kul, la sorcellerie qui passe par la nourriture. Manger en rêve un plat offert par un inconnu, un mets au goût qui ne va pas — les interprètes y lisent une emprise qui s'absorbe, lente, insidieuse, par où l'on ne se méfie pas. Et Ibn Sirin offre ici l'image la plus nette de toute la matière : si le dormeur vomit cette nourriture, il se délivre. Le corps recrache ce qui l'avait pris. Toute la grammaire du symbole tient dans ce geste — ce qui entre peut ressortir.
C'est qu'au fond ces rêves se lisent moins sur leur décor que sur leur issue. Subir le sortilège, perdre son discernement, se sentir bloqué : voilà le versant sombre, l'influence d'un proche malveillant qu'on ne nomme pas toujours. Mais déterrer un objet enfoui, briser un ta'wid, le voir brûler — et le feu, ici, purifie — annonce l'exact contraire : le complot mis au jour, le nœud dénoué, la vérité qui éclate. Quant à la roqya, cette récitation coranique vue en songe, elle est le pôle lumineux du symbole, la guérison qui répond au mal point par point.
On voudrait alors trier la « bonne » magie de la mauvaise. La tradition refuse ce confort. Pour Ibn Sirin comme pour Al-Nabulsi, le sihr n'a pas de couleur : qu'on la dise blanche ou noire, c'est toujours une ruse qui divise, toujours une fausse solution. Le rêve, du reste, fournit lui-même le remède, et ce n'est aucun talisman. Une seule arme y revient sans cesse — les deux dernières sourates, Al-Falaq et An-Nas. La première vise nommément, au verset 4, « le mal de celles qui soufflent sur les nœuds ». Souffler sur les nœuds : la sorcellerie de séparation, encore et toujours. Le Coran nomme le mal et donne, dans le même souffle, de quoi s'en protéger.
Questions fréquentes
Rêver de sorcellerie en islam est-il un mauvais signe ?+
Rêver de sorcellerie (sihr) en islam est généralement un signe d’avertissement. Selon Ibn Sirin, cela peut indiquer que le rêveur est la cible de tromperie, de manipulation ou d’envie. Cependant, ce n’est pas toujours négatif : vaincre la sorcellerie en rêve ou faire une roqya est un signe de protection divine et de victoire sur les forces du mal. Le contexte du rêve détermine l’interprétation.
Que signifie rêver d’être victime de sorcellerie en islam ?+
Être victime de sorcellerie (sihr) en rêve indique, selon Ibn Sirin, que le rêveur est sous l’influence néfaste d’une personne de son entourage. Cela peut se manifester par un sentiment d’impuissance, de confusion ou de blocage dans la vie éveillée. Le rêveur est invité à se protéger par les invocations coraniques (adhkar), à réciter sourate Al-Falaq et Al-Nas, et à se rapprocher d’Allah.
Que signifie rêver de découvrir un sortilège (ta’wid) en islam ?+
Découvrir un objet de sorcellerie (ta’wid) en rêve est un signe que le rêveur prend conscience d’un complot ourdi contre lui. Selon Al-Nabulsi, cela peut annoncer la mise au jour d’une trahison, d’une manipulation ou d’une conspiration dans la vie réelle. Détruire le sortilège en rêve signifie que le rêveur triomphera de ses ennemis et que le mal sera annulé par la volonté d’Allah.
Que signifie rêver de faire une roqya en islam ?+
Faire une roqya (exorcisme par récitation coranique) en rêve est un signe très positif. Cela indique la guérison spirituelle, la protection divine et le renforcement de la foi. Le rêveur se purifie d’influences négatives, qu’elles soient réelles ou symboliques. Si la roqya réussit dans le rêve, le rêveur surmontera les épreuves et retrouvera la paix intérieure.
Quel est le lien entre rêver de manger et la sorcellerie en islam ?+
La sorcellerie alimentaire (sihr ma’kul) est un concept bien établi dans la tradition islamique. Rêver de manger de la nourriture offerte par un inconnu ou de la nourriture au goût étrange peut être un signe de sorcellerie selon les interprètes. Ibn Sirin précise que si le rêveur vomit la nourriture dans le rêve, il se libère de l’emprise du sihr. Ce type de rêve est souvent associé aux consultations de roqya.
Que signifie rêver de sorcellerie sur un proche en islam ?+
Rêver qu'un membre de sa famille ou une personne aimée est touché par la sorcellerie (sihr) traduit, selon Ibn Sirin, l'inquiétude du rêveur pour cet être cher et la crainte qu'il subisse l'envie (hasad) ou une mauvaise influence. La tradition oniromantique y voit souvent le reflet de tensions, de jalousies ou de discordes au sein du foyer, le sihr symbolisant ce qui sépare les cœurs. Al-Nabulsi rappelle que la sorcellerie, dans son sens onirique, évoque la division et la rupture des liens. Voir ce proche délivré ou protégé dans le rêve est au contraire un signe favorable, annonçant l'apaisement des conflits et le retour de l'harmonie. Les interprètes recommandent au rêveur de renforcer ses liens familiaux et de se tourner vers la protection divine, notamment par la récitation des sourates Al-Falaq et An-Nas, traditionnellement invoquées contre le mal. Le contexte précis (qui est touché, l'issue du rêve) reste déterminant pour l'interprétation.
Que signifie rêver de pratiquer soi-même la sorcellerie en islam ?+
Se voir pratiquer ou apprendre la sorcellerie (sihr) en rêve est, selon Ibn Sirin, un signe d'avertissement portant sur la conduite du rêveur. La sorcellerie étant gravement réprouvée dans la tradition islamique — le Coran l'évoque dans le récit de Hârût et Mârût (sourate Al-Baqara, verset 102) comme une science de division — la pratiquer en songe renvoie symboliquement à la tromperie, à la manipulation d'autrui ou à un éloignement du droit chemin. Al-Nabulsi y associe le mensonge, la ruse et le fait de chercher à nuire par des moyens détournés. Ce rêve invite généralement le dormeur à un examen de conscience : il peut signaler qu'il use de procédés malhonnêtes ou qu'il est tenté de le faire dans sa vie éveillée. Refuser ou abandonner la sorcellerie dans le rêve est en revanche interprété favorablement, comme un retour à la sincérité et à la droiture. Les interprètes y voient alors un signe de repentir et de purification du cœur.
Que signifie rêver de voir un sorcier ou une sorcière en islam ?+
Voir un sorcier ou une sorcière en rêve représente, selon Ibn Sirin, une personne réelle de l'entourage du rêveur qui agit avec ruse, jalousie ou mauvaise intention. Le sorcier symbolise celui qui sème la discorde et cherche à détourner autrui par la tromperie. Al-Nabulsi précise que rencontrer un tel personnage en songe peut annoncer une rencontre avec quelqu'un de fourbe ou de manipulateur, dont il convient de se méfier. Si le sorcier menace ou tente d'agir contre le rêveur, le rêve souligne l'existence d'un ennemi caché ou d'une envie dirigée contre lui. À l'inverse, voir le sorcier vaincu, fuir ou échouer est un signe de protection et de triomphe sur les forces hostiles, par la volonté d'Allah. La tradition oniromantique encourage alors le rêveur à se prémunir spirituellement, en particulier par les invocations de protection (adhkar) et la récitation des deux dernières sourates du Coran, Al-Falaq et An-Nas, connues pour préserver du mal.
Que signifie rêver de magie noire en islam ?+
Rêver de magie noire en islam est un signe d'avertissement : il symbolise une influence malfaisante, l'envie (hasad) ou une intention de nuire dirigée contre le rêveur. Selon Ibn Sirin, la sorcellerie (sihr) sous sa forme la plus sombre évoque la tromperie, la division et tout ce qui sépare les cœurs. Al-Nabulsi y associe la ruse cachée et l'œuvre d'un ennemi qui agit dans l'ombre. Voir de la magie noire pratiquée contre soi traduit souvent un sentiment de blocage, de confusion ou d'oppression dans la vie éveillée, sans que ce songe constitue une preuve d'un sortilège réel. À l'inverse, voir cette magie échouer, être annulée ou repoussée est interprété favorablement : le mal se retourne contre son auteur et le rêveur est préservé par la volonté d'Allah. La tradition oniromantique recommande dans tous les cas de se prémunir spirituellement, notamment par la récitation des sourates Al-Falaq et An-Nas, traditionnellement invoquées contre le mal.
Quelle différence entre rêver de magie blanche et de magie noire en islam ?+
En interprétation islamique, le rêve ne distingue pas la sorcellerie selon sa prétendue couleur : toute forme de sihr renvoie symboliquement à la tromperie, à la division et à l'influence cachée. Ibn Sirin et Al-Nabulsi traitent la sorcellerie de manière globale, comme une ruse destinée à nuire ou à manipuler, quelle que soit l'intention affichée. Rêver d'une « magie blanche » présentée comme bénéfique ou protectrice ne change donc pas fondamentalement le sens : la tradition oniromantique y voit toujours un avertissement contre les apparences trompeuses et les fausses solutions. Ce qui oriente réellement l'interprétation, c'est l'issue du songe : une sorcellerie vaincue, annulée ou repoussée est un signe de protection et de triomphe, tandis qu'une sorcellerie qui s'installe traduit un blocage ou une influence néfaste à surmonter. Les interprètes invitent le rêveur à ne pas chercher de remède dans les pratiques occultes et à privilégier la protection légitime : invocations (adhkar) et récitation des sourates Al-Falaq et An-Nas.
Que signifie rêver de sorcellerie sur son couple ou son mariage en islam ?+
Rêver de sorcellerie visant son couple ou son mariage symbolise, selon la tradition oniromantique, une menace de discorde, d'éloignement ou de rupture entre les époux. Ce type de songe est rattaché à la notion de sihr al-tafriq, la sorcellerie de séparation, que le Coran évoque dans le récit de Hârût et Mârût (sourate Al-Baqara, verset 102), où il est dit que certains apprenaient ce par quoi ils séparaient l'homme de son épouse. Ibn Sirin associe le sihr à ce qui divise les cœurs et brise les liens, et Al-Nabulsi y voit le reflet de tensions, de jalousies ou d'une mauvaise influence extérieure pesant sur l'union. Sur le plan onirique, ce rêve traduit souvent l'inquiétude du dormeur face à une fragilité du couple ou à la crainte de l'envie d'autrui. Voir cette sorcellerie échouer, le couple protégé ou réuni est au contraire un signe favorable annonçant l'apaisement. Les interprètes recommandent de renforcer le lien conjugal et de se tourner vers la protection divine.
Que signifie rêver de sorcellerie enterrée ou cachée en islam ?+
Rêver d'un objet de sorcellerie enterré ou caché — talisman enfoui, nœud dissimulé, paquet enterré — symbolise un mal latent, une intention hostile qui agit dans l'ombre à l'insu du rêveur. Selon Al-Nabulsi, ce qui est dissimulé en songe évoque un complot ourdi en secret, une trahison ou une envie qui n'a pas encore été révélée au grand jour. Ibn Sirin rattache le sihr caché à la ruse silencieuse d'un ennemi de l'entourage. Découvrir, déterrer ou mettre au jour cet objet dans le rêve est un signe favorable : il annonce que la vérité éclatera, que la manipulation sera dévoilée et que le rêveur prendra conscience de ce qui se trame contre lui. La tradition oniromantique précise que neutraliser ou détruire cet objet enfoui traduit la levée du blocage et le triomphe sur le mal, par la volonté d'Allah. Les interprètes recommandent au dormeur de rester vigilant et de se protéger par les invocations coraniques, sans prêter à ce songe la valeur d'une certitude sur un sortilège réel.
Que signifie rêver de brûler ou détruire un objet de sorcellerie en islam ?+
Rêver de brûler, briser ou détruire un objet de sorcellerie est un signe nettement favorable : il annonce la libération du rêveur d'une influence néfaste et la victoire sur ce qui le bloquait. Selon Al-Nabulsi, anéantir un sortilège (ta'wid) en songe signifie que le mal ourdi sera annulé, que le complot échouera et que la trahison sera déjouée. Ibn Sirin y voit le triomphe sur un ennemi caché et la dissolution des liens que le sihr avait noués, le feu symbolisant ici la purification et la fin d'une emprise. Ce rêve traduit souvent, sur le plan psychologique, un besoin de se délivrer d'une tension, d'une emprise relationnelle ou d'un sentiment d'oppression. La tradition oniromantique l'interprète comme un retour à la clarté et à la paix intérieure, par la volonté d'Allah. Les interprètes rappellent que la protection légitime contre le mal passe non par des pratiques occultes mais par les invocations (adhkar) et la récitation des sourates Al-Falaq et An-Nas.
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- Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir (تفسير الأحلام الكبير), VIIIe siècle.
- Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam (تعطير الأنام في تعبير المنام), XVIIIe siècle.
- Le Saint Coran, sourate Al-Baqarah (2:102), sourate Al-Falaq (113:1-4), sourate Al-Nas (114).
- Sahih Al-Bukhari et Sahih Muslim, hadiths sur le sihr et la protection par les invocations.