Aller au contenu principal

Symbolisme islamique

Rêver de lettres arabes en islam : interprétation selon Ibn Sirin

Le dictionnaire complet150 symboles décryptésKindle 6,99 € →

Les lettres arabes — al-huruf al-'arabiyya (الحروف العربية) — sont bien plus que des signes graphiques dans la tradition islamique. Elles sont les véhicules de la Parole divine (kalam Allah), les briques du Coran révélé au Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui). Les 28 lettres de l'alphabet arabe (al-huruf al-hija'iyya) sont sacralisées par leur rôle de support de la révélation. Les huruf muqatta'at — lettres isolées mystérieuses au début de certaines sourates — représentent le summum de cette sacralité. Rêver de lettres arabes ouvre donc un registre onirique d'une profondeur exceptionnelle.

· Ayoub Merlin

Vingt-neuf sourates du Coran s'ouvrent sur des lettres que personne ne sait lire. Alif. Lam. Mim. Posées là, détachées, sans un mot pour les relier. À la suite d'Ibn Abbas, le cousin du Prophète ﷺ, la plupart des savants tiennent que leur sens est un secret qu'Allah seul détient. Voilà ce qu'est une lettre arabe avant même d'être un mot : un seuil. Pas un message. Un seuil.

C'est par là qu'il faut entrer dans ce songe, parce que c'est là qu'on se trompe. On mélange le caractère avec la lettre qu'on envoie, ou avec le livre qu'on ouvre. Rien à voir. Ici il s'agit des huruf : le signe nu, l'alif debout comme un trait, le ba couché sous son point, le noun et sa goutte. Le dessin, pas le récit. Et ce que la tradition onirique lit dans ce dessin, ce n'est presque jamais une nouvelle qui arrive. C'est du savoir.

Ibn Sirin range l'écriture et les lettres du côté du ʿilm, la connaissance, et de la maîtrise du verbe. Celui qui les voit nettes, ordonnées, lumineuses, on lui annonce une ouverture : une science qui se laisse approcher, une compréhension qui mûrit. Al-Nabulsi va dans le même sens dans son Ta'tir al-Anam — l'état des lettres fait l'interprétation, bien plus que les lettres elles-mêmes. Claires, elles éclairent. Brouillées, elles disent un savoir encore confus, mal digéré.

Le détail qui change tout, c'est ce que vous faites de ces lettres. Les lire couramment, sans buter, c'est tenir le sens dans la main : la chose étudiée est à votre portée. Les écrire, c'est l'autre versant — vous ne recevez plus, vous transmettez. Une parole qui passe, parfois un rôle d'enseignant qui s'annonce. Et puis il y a ceux qui s'acharnent sur des lettres qui refusent de se laisser lire. Ce n'est pas un mauvais signe. C'est un « pas encore ». Une connaissance tenue à un doigt de vous, le temps que vous soyez prêt à la porter.

Il y a une image coranique qui dit tout cela mieux que n'importe quel commentaire. La sourate Al-Qalam s'ouvre sur une seule lettre, le noun, et juste après vient le serment : « Par la plume et ce qu'ils écrivent » (68:1). Une lettre isolée, et dans la foulée le calame, l'acte d'écrire, le savoir. Dans la langue de la révélation, la lettre seule n'est jamais loin de la plume. Quand elle revient en rêve, c'est souvent ce fil-là qu'elle tend.

Reste le cas à part : voir la Basmala, le Bismillah écrit et lisible. La formule qui ouvre tout acte. La voir clairement passe pour une baraka posée sur ce que vous entreprenez, une affaire placée sous une protection. C'est le seul endroit de ce rêve où la lettre redevient message — parce qu'elle n'est plus une lettre isolée, mais une parole entière.

Un mot pour finir, et il compte. Aucun hadith authentique n'attribue un sens chiffré, lettre par lettre, à ce qu'on voit en songe. Le alif ne « vaut » pas ceci, le ba cela. Tout ce qui circule sur la valeur numérique des lettres, le jafr, la sîmiyâ — la science des lettres — relève d'un ésotérisme contesté, jamais d'une parole prophétique. Ne transformez pas votre rêve en grille de calcul. Gardez l'essentiel : devant des lettres arabes, c'est la connaissance qui frappe à la porte. À vous de voir si vous lisez déjà, ou si vous apprenez encore.

Sources et références

  • Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir (تفسير الأحلام الكبير), VIIIe siècle.
  • Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam (تعطير الأنام في تعبير المنام), XVIIIe siècle.
  • Le Saint Coran, sourate Al-Baqara (2:1-5), sourate Ya-Sin (36:1-3), sourate Al-Qalam (68:1).
  • Ibn Kathir, Isma'il. Tafsir al-Qur'an al-Azim, XIVe siècle — commentaire sur les huruf muqatta'at.
  • Al-Suyuti, Jalal al-Din. Al-Itqan fi Ulum al-Qur'an, XVe siècle — sciences coraniques.

Rêves liés en islam

Guide complet : signification des rêves en islam

Interprétation gratuite des rêves selon Ibn Sirin, symbole par symbole →