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Symbolisme islamique

Rêver d'éclair ou de foudre en islam : interprétation selon Ibn Sirin

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L'éclair — al-barq (البرق) — et la foudre — al-ra'd (الرعد) — sont parmi les phénomènes naturels les plus chargés de symbolisme dans le Coran, au point qu'une sourate entière leur est consacrée : Ar-Ra'd (La Foudre). Dans l'oniromancie islamique, rêver d'éclairs et de foudre évoque la puissance divine, la purification, les révélations soudaines et les changements radicaux. Ibn Sirin et Al-Nabulsi ont développé une interprétation nuancée de ces phénomènes célestes en rêve.

· Ayoub Merlin

Le ciel se fend une fraction de seconde, puis se referme. C'est tout le rêve, ou presque. Et ça suffit pour qu'on en cherche le sens au matin.

On classe l'éclair du côté de la colère, du châtiment qui s'abat. Ibn Sirin le range ailleurs. Le barq (البرق), pour lui, c'est une promesse — souvent celle d'un homme de pouvoir. Le flash qui annonce la pluie avant qu'elle tombe. Reste à savoir si la pluie tombe vraiment. Là se joue toute la lecture.

Le Coran avait posé le décor. « C'est Lui qui vous fait voir l'éclair, source de crainte et d'espoir » (Ar-Ra'd, 13:12) — khawfan wa tama'an, la peur et la convoitise dans le même souffle. Et plus loin, l'éclair « ravit presque la vue » (Al-Baqara, 2:20). Deux versets, deux nerfs : l'éblouissement et l'attente. C'est exactement ce que ressent le rêveur. Quelque chose d'immense passe, trop vite pour qu'on le saisisse.

D'où la règle qui change tout chez Ibn Sirin : l'éclair suivi de pluie n'a rien à voir avec l'éclair sec. Le premier tient parole. Bénédiction, dette qu'on rembourse, rizq qui augmente, une position qui s'élève — la pluie est la miséricorde qui vient après l'éclat. Pour le paysan, pour celui qui guette une nouvelle, le barq qui amène l'averse est un oui. Le second, l'éclair seul, dans un ciel qui reste sec : peur sans suite, injustice, un but qu'on n'atteint pas. La promesse brille et ne se tient pas. Le puissant fait miroiter, et ne donne rien.

C'est une lecture dure, et honnête. Beaucoup de pages transforment le barq en pur bon présage. Les sources, elles, gardent les deux tranchants. Ibn Sirin va jusqu'à dire que l'éclair peut figurer la faveur qu'un homme de pouvoir agite devant un avide — un appât, pas un cadeau.

Al-Nabulsi tire dans une autre direction, et il faut l'entendre aussi. Chez lui le barq porte la lumière, la miséricorde, la guidance (hidaya) déposée dans le cœur. L'éclair violent qui zèbre le ciel ? Un homme remis sur la voie après avoir longtemps marché dans l'illusion. La même image — un trait de feu dans le noir — peut donc dire l'appât trompeur ou la guidée soudaine. Tout tient à qui rêve.

Parce que c'est là qu'Ibn Sirin coupait court. Il refusait d'interpréter un songe sans connaître l'état du dormeur. L'éclair vu par quelqu'un qui attend une réponse de plus haut que lui ne dit pas la même chose que l'éclair vu par un cœur en plein doute. Avant de chercher le sens, regardez ce que vous attendiez, vous, en fermant les yeux.

Un dernier mot sur les hadiths, car on en prête au barq qui n'ont jamais existé : aucune parole authentique du Prophète ﷺ ne fixe un sens chiffré à l'éclair en rêve. Le Coran l'attache à la crainte et à l'espoir, les maîtres ont lu à partir de là. C'est solide, et c'est assez. Le reste — les nombres, les délais précis au jour près — est de l'enjolivure.

Sources et références

  • Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir (تفسير الأحلام الكبير), VIIIe siècle.
  • Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam (تعطير الأنام في تعبير المنام), XVIIIe siècle.
  • Le Saint Coran, sourate Ar-Ra'd (13:12-13), sourate Al-Baqara (2:19-20).
  • Ibn Kathir, Isma'il. Tafsir al-Qur'an al-Azim, XIVe siècle — commentaire de la sourate Ar-Ra'd.

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