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Symbolisme islamique

Rêver du ciel en islam : signification selon Ibn Sirin

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Le ciel — al-sama' (السماء) dans son sens physique et al-janna (الجنة) dans son sens paradisiaque — est le symbole onirique de l'élévation par excellence dans l'islam. L'islam décrit sept cieux superposés (sab' samawat), chacun peuplé d'anges et témoignant de la grandeur divine. Le voyage nocturne du Prophète (al-Isra wal-Mi'raj), où il traversa les sept cieux en compagnie de l'ange Jibrîl, est l'événement onirique-mystique fondateur qui structure toute la symbolique céleste islamique. Ibn Sirin et Al-Nabulsi s'en inspirent directement dans leurs interprétations. Cette page présente l'ensemble de leurs analyses, organisées selon le type d'expérience céleste dans le rêve.

· Ayoub Merlin

Le rêveur monte, et tout se joue dans ce qui arrive ensuite. Ibn Sirin sépare deux ascensions qui se ressemblent au réveil et n'ont rien de commun. Celui qui s'élève vers le ciel puis redescend a fait un voyage, une mission ; et s'il rapporte quelque chose dans ses mains — un fruit, une lumière, un objet — il en tirera un bénéfice. Celui qui monte et reste là-haut ne redescendra pas non plus dans la vie : c'est une mort proche, la sienne ou celle d'un proche. La tradition refuse pourtant d'en faire un cauchemar. La mort annoncée est husn al-khatima, la belle fin, une mort dans la foi — moins une perte qu'un bulletin sur l'état spirituel de celui qui part.

Ce partage tient à une chose : dans l'islam, le ciel a une géographie, et cette géographie vient d'un voyage précis.

« Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit Son serviteur, de la Mosquée sacrée à la Mosquée al-Aqsa dont Nous avons béni les alentours, afin de lui faire voir certaines de Nos merveilles. » Le verset d'ouverture de la sourate Al-Isra (17:1) lance l'Isra wal-Mi'raj, et la suite — l'ascension à travers les sept cieux — dessine une échelle que les interprètes n'ont plus quittée. À chaque étage, le Prophète ﷺ rencontre un prophète : Adam au premier, Yahya et Isa au deuxième, Yusuf au troisième, Idris au quatrième, Harun au cinquième, Musa au sixième, Ibrahim au septième. Monter d'un cran, en rêve, c'est monter dans cette hiérarchie-là. Le premier ciel parle d'une pratique religieuse qui s'améliore, des gestes ordinaires de la foi. Le septième est la vision des prophètes et des très grands saints — autant dire qu'on n'y arrive pas par hasard.

Le Coran ne fait pas du ciel une métaphore vaporeuse. Il le bâtit : « Et Nous avons construit au-dessus de vous sept [cieux] robustes » (An-Naba, 78:12). Des structures solides, peuplées d'anges, qui ouvrent leurs portes au décès des croyants. D'où l'image de la porte, qu'Ibn Sirin travaille pour elle-même. La porte du ciel s'ouvre devant vous : une opportunité rare, à saisir sans tergiverser. Elle reste close malgré l'effort : un obstacle, spirituel ou concret, qui demande du'a', repentir, bonnes actions — du travail, en somme, pas de la chance.

Reste la couleur, et c'est là qu'Ibn Sirin se fait moins doux. Voir le ciel de près, dans une clarté nette, c'est l'ihsan, l'excellence, une période où la vérité divine se laisse regarder en face. Mais le ciel s'assombrit aussi. Rouge, il annonce le sang et les conflits ; noir de nuages épais, une saison difficile pour toute une communauté ; menaçant, la fitna, la discorde qui vient. Le même décor, selon sa lumière, bascule de la grâce à l'avertissement.

Al-Nabulsi reprend le ciel par l'autre bout, en soufi. Il sépare le sama' jismiyya, le ciel physique, du sama' ma'nawiyya, le ciel spirituel : le premier renvoie aux hiérarchies sociales et politiques, le second aux degrés de l'âme. Monter, chez lui, et découvrir là-haut des jardins verdoyants, des rivières, des fruits — voilà une vision du Paradis qui peut être authentique, une ru'ya janniyya. Il en rapporte beaucoup, reçues par des saints et des hommes pieux à l'approche de la mort, comme une préparation, un signe de bonne fin envoyé d'avance.

Sa palette prolonge celle d'Ibn Sirin sans la répéter. Bleu limpide, le ciel dit la sérénité ; doré, la prospérité et la noblesse ; d'une lumière blanche, la pureté divine ; vert, il rappelle les jardins eux-mêmes et annonce une croissance spirituelle vive. Le vert n'est pas neutre dans cette langue — c'est la couleur du Paradis qui transparaît à travers le rêve.

Quant au Paradis lui-même, al-janna, il se tient au-delà des sept cieux, et le Coran le décrit sans économie : rivières de lait, de miel et de vin pur, jardins sans fin, fruitiers éternels. Le voir, ne serait-ce qu'un éclair, passe pour une grâce rare réservée aux pieux. Le croiser de loin, c'est l'aspiration juste vers la vie éternelle ; s'y trouver, c'est l'annonce d'une belle mort ou d'une félicité ici-bas. Al-Nabulsi ajoute seulement, et l'aveu vaut conclusion, que sa beauté dans le rêve dépasse tout ce qu'une bouche humaine saurait en dire.

Une dernière scène, plus rude. Tomber du ciel n'est pas l'inverse anodin de l'ascension : Ibn Sirin y lit une chute de rang, la perte d'une position, ou l'écart moral qui éloigne de Dieu. Tout dépend encore de la suite — qui se relève se remettra de l'épreuve ; une chute longue et douloureuse pèse à proportion. Al-Nabulsi, lui, ne donne qu'un conseil après ce rêve-là : multiplier l'istighfar, la demande de pardon.

Sources et références

  • Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir, VIIIe siècle.
  • Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam, XVIIIe siècle.
  • Le Saint Coran, sourate Al-Isra (17:1), sourate Al-Mulk (67:3), sourate Muhammad (47:15).
  • Ibn Qutaybah, Abu Muhammad. Kitab Ta'bir al-Ru'ya, IXe siècle.

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