Symbolisme islamique
Rêver d'un être aimé en islam : signification selon Ibn Sirin
Le dictionnaire complet — 150 symboles décryptés — Kindle 6,99 € →L'être aimé — al-mahbub (المحبوب) ou al-habib (الحبيب) — occupe une place particulière dans l'oniromancie islamique. L'islam reconnaît l'amour comme l'une des grâces divines les plus précieuses : Allah a placé entre les époux l'amour (mawadda) et la miséricorde (rahma). Rêver d'un être aimé révèle les désirs profonds du cœur, les besoins affectifs et parfois une guidance divine sur la vie sentimentale du rêveur.
· Ayoub Merlin
L'amour-passion vu en songe, le 'ishq, la tradition onirique le range du côté des épreuves bien plus que des bonnes nouvelles — et ça désarçonne qui arrive le cœur plein d'espoir. Le malentendu vient d'avant, du mot lui-même : ce qu'on appelle « amoureux » dans un rêve, ce n'est ni l'acte, ni le mariage, ni la noce. C'est l'inclination. Le penchant du cœur, ce vers quoi l'âme se tourne quand on cesse de la surveiller. Et un cœur qui penche, par définition, peut pencher du bon ou du mauvais côté.
D'où la prudence des anciens. On n'interroge jamais le symbole seul ; on interroge le dormeur. Qui aimez-vous, dans ce rêve, et d'un amour de quelle sorte. Tout est là. Voir l'être qu'on chérit licitement — l'époux, l'épouse, le fiancé déjà promis — c'est rarement obscur. Al-Nabulsi y lit la confirmation d'un lien, parfois le signe que l'autre, au même moment, pense fort à vous. On en revient toujours à ce verset que les maîtres posent en socle, dans la sourate Ar-Rum : Allah a placé entre les époux la mawadda et la rahma, l'affection et la miséricorde, et Il dit que c'est là un de Ses signes. Rêver de cette tendresse-là, c'est voir un signe vivre dans sa propre maison.
Mais le rêve d'amour, le vrai, le brûlant, celui qui réveille avec un nom sur les lèvres — il ne tombe pas si souvent dans cette case sereine.
Le plus souvent, il n'est même pas un message. Il est un écho. La tradition prophétique partage les songes en trois : la vraie vision, qui vient d'Allah ; le rêve trouble, soufflé par le diable ; et le hadith an-nafs, ce que l'âme se raconte à elle-même — le Prophète ﷺ l'a énoncé ainsi dans un hadith rapporté par Muslim d'après Abou Hourayra. Or l'amour, c'est le territoire par excellence du hadith an-nafs. Vous avez passé la journée à penser à quelqu'un. La nuit vous le rend. Cela ne prédit rien. Cela vous dit seulement où votre cœur a dormi.
Voilà pourquoi les rêves d'un amour interdit n'ont pas à vous accabler de culpabilité. Le dormeur n'est pas tenu pour responsable de ce que sa nuit invente. Si la scène glisse vers ce qui déplaît, l'enseignement est simple, et il vaut pour tout rêve qu'on n'aime pas : on se lève, on prie, et on n'en fait le récit à personne. Pas d'interprétation. Pas de grille. On laisse retomber.
Reste un cas qui mérite qu'on s'y arrête, parce que c'est souvent celui qui amène les gens jusqu'ici : l'ex. La personne qu'on a aimée et qui revient, nuit après nuit, sans qu'on l'ait invitée. Ne cherchez pas de présage. Il n'y en a pas de fixé. C'est presque toujours du hadith an-nafs à l'état pur — un deuil qui n'a pas fini de se faire, un attachement que la volonté a tranché mais que le cœur traîne encore. Le rêve ne dit pas qu'il faut revenir. Il dit qu'il reste à lâcher. Nuance que l'on confond tout le temps.
Et puis il y a l'inclination qui se déplace. Le cœur peut s'attacher à une créature au point d'en faire une idole sourde — c'est là, sous la douceur du songe, l'épreuve que les interprètes redoutent dans l'amour-passion. Aimer un être comme on ne devrait aimer que le Créateur, voilà ce qui se cache parfois derrière un rêve trop doux. Les soufis ont retourné l'image dans l'autre sens : pour eux, l'amour d'ici-bas n'est qu'un brouillon, une répétition maladroite de la seule rencontre qui compte, celle de l'âme avec Allah. Deux lectures, un même avertissement — regardez où penche votre cœur, et demandez-vous si c'est bien là qu'il doit se poser.
Un dernier mot, parce que les sites qui chiffrent tout ne le diront pas : aucun hadith authentique ne fixe un sens à « rêver d'un amoureux ». Ni montant, ni délai, ni promesse de mariage garantie. Ce que la tradition vous laisse, c'est une boussole, pas une carte. Le célibataire qui voit revenir un visage aimé peut y prendre l'élan d'une démarche sincère, et l'accompagner d'une istikhâra — cette prière où l'on remet à Allah le soin de pencher la balance. C'est, au fond, la seule chose qui transforme une inclination de la nuit en chemin tenable le jour.
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- Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir (تفسير الأحلام الكبير), VIIIe siècle.
- Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam (تعطير الأنام في تعبير المنام), XVIIIe siècle.
- Le Saint Coran, sourate Ar-Rum (30:21) — l'amour et la miséricorde entre époux.
- Al-Bukhari, Muhammad ibn Isma'il. Sahih al-Bukhari, IXe siècle — hadiths sur le mariage et l'amour conjugal en islam.