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Tradition onirique islamique

Rêver de mur en islam : signification selon Ibn Sirin

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Un mur ne couvre rien. C'est sa première leçon, et presque tous les sites la ratent en confondant le mur avec le toit. Le toit vous abrite par-dessus. Le mur, lui, tient debout à côté de vous. Il sépare, il borne, il porte. Et chez les anciens interprètes, ce qu'il porte, ce n'est pas votre maison. C'est votre religion, et l'homme qui veille dessus.

Ibn Sirin lit le mur d'abord comme un savoir. Une connaissance, un discernement, le fait de tenir un secret, une frontière entre deux personnes qui se séparent. Puis il glisse vers une figure : le mur, c'est un homme fort, riche, influent et pieux. Pas n'importe lequel. Celui sur qui une communauté s'adosse. Vous vous tenez contre ce mur, vous vous y appuyez, et l'état du mur dit l'état de cet appui. Solide, l'homme vous porte. Lézardé, l'homme vacille.

L'image la plus parlante de la tradition est celle-ci. Un mur menace de tomber, et des gens accourent le redresser. Ibn Sirin y voit un homme de savoir, ou l'imam d'une mosquée, qui a perdu son autorité ou son respect — et des proches qui viennent à son secours pour lui rendre son rang. Tout est là. Le mur n'est pas une pierre morte. C'est une réputation qui penche, une stature qu'on relève à plusieurs. Si vous avez rêvé qu'on étayait un mur, demandez-vous quel pilier de votre entourage est en train de céder, et qui se lève pour le tenir.

Maintenant le sens qui dérange, celui qu'on ne lit jamais en clair sur les pages templatées. Franchir un mur d'un bond, l'enjamber pour passer de l'autre côté, Ibn Sirin n'y voit pas un exploit. Il y voit une bascule : passer de la foi à son contraire, ou suivre le conseil de quelqu'un qui vous éloigne de votre religion. Le mur marquait une limite. Vous l'avez sautée. Ce n'est pas l'escalade patiente d'un obstacle de la vie, c'est le geste de celui qui contourne la frontière qu'il aurait dû respecter. La nuance compte, parce que la plupart des grilles vous vendent le saut de mur comme une victoire. Dans la lecture classique, c'est l'inverse.

Le mur qui s'effondre, on veut tout de suite y mettre du malheur. Pas si vite. Le sens dépend du sens de la chute. S'il tombe vers l'intérieur, vers vous, les anciens y lisent la maladie. S'il s'écroule vers l'extérieur, c'est plus grave, on parle de mort. Et les fissures qui courent sur la pierre avant qu'elle ne cède annoncent souvent la discorde, une brouille qui s'installe entre des proches. Le mur fendu, ce n'est pas encore la rupture. C'est le trait qui la prépare. On a le temps de réparer le lien tant que la pierre tient.

Reste le passage qui change tout, et il vient du Coran, pas d'un hadith inventé. Dans la sourate Al-Kahf, Moïse et al-Khidr arrivent dans un village inhospitalier où un mur est sur le point de tomber. Al-Khidr le redresse, sans rien demander, sous le regard incrédule de Moïse. L'explication tombe plus tard : sous ce mur dormait un trésor, celui de deux orphelins dont le père était un homme droit, et le mur devait tenir jusqu'à ce qu'ils grandissent et le récupèrent (Coran 18:82). Voilà ce qu'un mur solide peut dire en rêve. Pas seulement une protection. Une patience. Un bien gardé en réserve, qui attend son heure et la bonne main pour être révélé. Le mur ne donne pas tout de suite. Il garde.

Un mot sur les hadiths, parce que beaucoup de pages en collent un sous chaque interprétation : aucune parole authentique du Prophète ﷺ ne fixe un sens chiffré au mur vu en songe. Ce qu'on a de solide, c'est le verset d'al-Khidr et la grille d'Ibn Sirin lue par al-Nabulsi après lui. Le reste, ce qu'on vous présente comme « rapporté de telle source », méfiez-vous-en quand le numéro n'y est pas.

Alors avant de chercher le sens, regardez quel mur c'était. Celui contre lequel vous vous appuyiez, ou celui qui vous barrait la route. Le premier parle d'un homme, d'un soutien, d'une foi tenue debout par quelqu'un. Le second parle d'une limite — et de ce que vous comptiez en faire.

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