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Symbolisme islamique

Rêver de sa mère en islam : signification selon Ibn Sirin

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La mère — al-umm (الأم) — occupe dans l'islam une position unique, au confluent du divin et de l'humain. Un hadith célèbre rapporte qu'un homme demanda au Prophète (Sallallahu Alayhi wa Sallam) qui méritait le plus sa bienveillance : il répondit « Ta mère » à trois reprises, avant de mentionner le père. La voir en rêve est donc chargée d'une puissance symbolique exceptionnelle. Ibn Sirin, Al-Nabulsi et Ibn Qutaybah consacrent à la mère des développements parmi les plus émouvants de leurs encyclopédies oniriques. Cette page présente l'ensemble de leurs interprétations, organisées selon l'état de la mère, sa relation avec le rêveur et son statut (vivante ou décédée).

· Ayoub Merlin

Trois fois. Un homme s'avance vers le Prophète ﷺ et demande qui mérite le plus sa bonne compagnie, et trois fois la réponse est la même : « Ta mère. » Ce n'est qu'à la quatrième question que vient « Ton père ». Al-Bukhari et Muslim ont conservé cet échange, et c'est lui qu'il faut garder en tête avant d'ouvrir le moindre traité d'oniromancie. Parce que dans le rêve aussi, la mère ne pèse pas comme les autres figures. Quand elle traverse un songe, même une seconde, même au milieu d'un autre décor, elle traverse quelque chose de sacré.

Le Coran l'avait dit autrement, dans Al-Ahqaf : « sa mère l'a porté avec peine et mis au monde avec peine ». La peine est nommée deux fois, comme si le texte refusait qu'on l'oublie. Et Al-Isra place le droit des parents juste après le droit d'Allah — ce qui veut dire que manquer à sa mère n'est pas une maladresse, c'est une faute qui touche au vertical. Voilà pourquoi Ibn Sirin, quand il aborde la mère, change de ton. Il devient prudent, tendre presque.

Sa première règle est une coupure nette : la mère vivante et la mère décédée ne disent pas la même chose. Vivante et souriante dans le rêve, elle annonce la bénédiction maternelle, l'harmonie, une période où les choses s'apaisent — Ibn Sirin y lit jusqu'à un signe de satisfaction divine. L'embrasser, la serrer, c'est plus doux encore : réconciliation, paix du foyer, barakah dans la relation la plus ancienne qu'on possède. Peu de rêves sont aussi simplement heureux.

Le rêve qui inquiète, c'est l'autre : la mère en colère. Ibn Sirin n'y voit pas une humeur passagère mais un avertissement, et il faut comprendre pourquoi il le prend si au sérieux. Désobéir à sa mère figure parmi les grands péchés, et l'agrément d'Allah passe par le sien. Sa colère en rêve peut donc reproduire, en miniature, une colère plus haute. Le songe ne juge pas ; il demande qu'on se retourne sur sa propre conduite — récente, concrète — et qu'on corrige avant que ça ne s'installe. La voir malade fonctionne sur un registre voisin : inquiétude pour la famille ou pour une charge qu'on porte, mais avec une nuance d'espoir, car si elle guérit dans le rêve, la difficulté se dénoue. Parfois aussi le corps parle au corps, et le rêve invite simplement à prendre des nouvelles de sa santé réelle.

Reste le rêve que tant d'endeuillés font et qu'ils n'osent raconter à personne : revoir sa mère morte. Ici Ibn Sirin lit l'état du visage avant tout le reste. Sereine, souriante, en bonne santé — elle repose en paix dans le barzakh, et le rêve est une confirmation, presque une réponse aux prières qu'on murmure pour elle depuis l'enterrement. Souffrante ou triste, ce n'est pas une condamnation mais une convocation, un rappel miséricordieux : multiplier en son nom les du'a', la sadaqa, la lecture du Coran. On ne reste pas spectateur de sa peine, on agit.

Et puis il y a les gestes. Une mère défunte qui tend quelque chose transmet une provision depuis l'au-delà — de la nourriture pour l'abondance, un vêtement pour la protection. Al-Nabulsi va dans le même sens et ajoute deux choses qui touchent : qu'elle vous embrasse, et c'est une bonne nouvelle qui s'approche, comme une barakah glissée d'un monde à l'autre ; qu'elle vous embrasse encore, et c'est qu'elle intercédera pour vous. La seule lecture qui demande du sang-froid, c'est la mère décédée qui appelle à la rejoindre : Ibn Sirin la rattache à une mort prochaine, du rêveur ou d'un proche. Il ne faut pas s'en effrayer — il faut s'y préparer, spirituellement, ce qui n'est jamais du temps perdu de toute façon.

Au fond, ce que ces maîtres décrivent n'est pas un code à déchiffrer mais une présence qu'on reconnaît. La mère en rêve renvoie toujours à l'origine, à la sécurité, aux racines — et au droit qu'on a sur soi de ne pas les négliger. Qu'elle sourie ou qu'elle pleure, vivante ou partie, elle revient pour la même raison : rappeler ce qui, dans une vie de croyant, ne devrait jamais glisser au second plan.

Sources et références

  • Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir, VIIIe siècle.
  • Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam, XVIIIe siècle.
  • Le Saint Coran, sourate Al-Isra (17:23-24), sourate Al-Ahqaf (46:15), sourate Luqman (31:14).
  • Al-Bukhari, Muslim. Hadiths sur les droits de la mère.

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