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Tradition onirique islamique

Rêver de diable en islam : signification selon Ibn Sirin

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Le diable n'a pas besoin de se montrer pour agir. Son arme, dans le Coran, c'est le murmure : al-waswâs al-khannâs, celui qui souffle dans la poitrine puis se retire dès qu'on invoque Allah (sourate An-Nâs, 114). Alors quand il apparaît franchement en rêve, en face, sous une forme qu'on peut nommer et regarder, le réflexe de panique se trompe de cible. Le voir, ce n'est pas être pris. C'est souvent l'inverse.

Reste d'abord une distinction que beaucoup oublient. Selon un hadith authentique rapporté par Bukhari et Muslim, le bon rêve vient d'Allah et le mauvais vient du Shaytan. Autrement dit, le diable n'est pas seulement ce que vous voyez : il peut être aussi celui qui vous envoie l'image. Voir Iblis en songe relève donc parfois du hulm, le rêve trouble, et non du ru'ya, le rêve porteur de sens. Dans ce cas Ibn Sîrîn ne l'interprète pas. La consigne prophétique prend le relais : souffler légèrement trois fois sur sa gauche, dire « A'ûdhu billâhi min ash-shaytân ar-rajîm », changer de côté, et n'en parler à personne.

Restent les rêves qui, eux, ont une trame, un message, une logique. Là, les interprètes classiques lisent le diable pour ce qu'il est dans le Coran : l'ennemi déclaré qui a juré de guetter l'homme sur le droit chemin (sourate Al-A'râf, 7:16-17). Donc l'hostilité, la ruse, le mensonge, la tentation qui se déguise en bon conseil. Ibn Sîrîn et Al-Nâbulsî convergent sur le principe, pas sur les détails — et c'est le détail du rêve qui décide.

Le combattre et l'emporter compte parmi les meilleurs présages : une foi qui tient, une tentation déjouée, une épreuve traversée debout. Être dominé par lui, à l'inverse, n'est pas une condamnation mais un avertissement — un point faible à reprendre en main, vite. Le pacte, le marché qu'on lui passe, dit la pente où l'on troque ses principes contre ce qu'on convoite. Et le plus traître des scénarios n'est pas le diable cornu : c'est lui sous visage humain, l'ami, le conseiller séduisant. Là, le rêve ne pointe pas une créature. Il pointe quelqu'un de votre entourage dont les paroles vous éloignent du bien.

Un cas mérite d'être isolé, parce qu'il s'appuie sur un texte solide : le diable enchaîné. Le Prophète ﷺ a dit qu'au mois de Ramadan, les portes du Paradis s'ouvrent, celles de l'Enfer se ferment et les diables sont enchaînés (Bukhari, Muslim). Le voir entravé en songe se lit dans cette lumière : une saison de protection, une emprise qui se desserre, une porte qui s'ouvre.

Un dernier mot, parce que le terrain est miné. Beaucoup colportent des sens chiffrés, des hadiths qui fixeraient le « nombre » ou la « date » que vaudrait le diable en rêve. Il n'en existe aucun d'authentique. Le seul texte ferme sur la question range le mauvais rêve du côté du Shaytan et vous tend, pour seule réponse, un geste : la protection. Le reste relève de la lecture humaine, faillible, qui s'incline devant Allah seul.

C'est peut-être ça, l'essentiel de ce symbole. Le diable en rêve ne se décode pas comme un présage qu'on subit. Il se déjoue. On l'a vu, on le nomme, on cherche refuge — et déjà il se retire, comme le khannâs du Coran, dès qu'on prononce le Nom.

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