Rêver de Sorcière en islam : interprétation selon Ibn Sirin
Interprétation selon Ibn Sirin, Al-Kirmani et Al-Nabulsi — Guide complet des rêves en islam
Interprétation classique selon Ibn Sirin
Dans la tradition onirique de Muhammad Ibn Sirin, la sorcellerie (al-sihr) et ceux qui la pratiquent appartiennent au registre de la ruse, de la tromperie et de l'égarement. La sorcière figure classiquement une personne rusée et nuisible, qui agit par détours, manipule, sépare ceux qui s'aiment et détourne les gens du droit chemin par des artifices. Parce que la magie consiste à faire paraître vrai ce qui est faux, voir une sorcière en rêve renvoie souvent à la tromperie, aux illusions, aux paroles séduisantes mais mensongères, ou à une influence néfaste qui s'exerce dans l'ombre sur la vie du rêveur.
Ibn Sirin et ses continuateurs rattachent la sorcellerie à ce qui sème la discorde : elle évoque les ruptures provoquées, la zizanie entre époux, entre associés ou entre proches, ainsi que les manœuvres déloyales destinées à nuire sans affrontement ouvert. La sorcière incarne ainsi un ennemi qui ne combat pas de face mais par ensorcellement, séduction ou intrigue. Elle peut aussi représenter, selon le contexte, une femme dont il faut se méfier, une personne d'apparence avenante mais de desseins troubles.
Le corpus classique attache à la magie une connotation de fausseté qui finit par se retourner contre celui qui la pratique : le sortilège, dans la lecture traditionnelle, n'a pas de pouvoir réel sur le destin et finit dévoilé ou défait. C'est pourquoi affronter ou vaincre la sorcière en rêve est lu favorablement : c'est démasquer la tromperie, déjouer une intrigue, échapper à une influence trouble. À l'inverse, subir son emprise sans réagir signale que le rêveur se laisse abuser, qu'il accorde sa confiance à qui ne la mérite pas, ou qu'il se sent prisonnier d'une situation dont les ressorts lui échappent. Le présage invite alors à la lucidité et à la prudence dans ses fréquentations.
Hadiths et références prophétiques
Aucune interprétation onirique précise de la « sorcière » n'est rapportée dans les recueils prophétiques authentiques, et il faut se garder de lui en prêter une ; son sens relève du travail des interprètes. La tradition établit en revanche un cadre clair sur la sorcellerie elle-même : elle compte parmi les actes les plus graves, et le croyant est invité à s'en préserver et à chercher refuge auprès d'Allah, notamment par la récitation des deux dernières sourates du Coran (al-Falaq, sourate 113, et al-Nas, sourate 114), dites « al-mu'awwidhatan », couramment employées comme protection. Ce fond explique pourquoi les interprètes lisent la victoire sur la sorcière comme une délivrance et une protection retrouvée. Sur le plan du songe, on rappelle le principe transmis par al-Bukhari et Muslim : la vision pénible procède du chuchotement de Satan, et le dormeur troublé doit demander le bien, se réfugier en Allah contre le mal, et ne pas se laisser dominer par la peur du rêve.
Selon le contexte du rêve
Le présage de la sorcière se précise selon l'attitude qu'elle adopte et celle du rêveur face à elle.
La sorcière méchante, menaçante ou hostile, est la forme la plus directe du symbole : elle signale une personne nuisible, une intrigue dirigée contre le rêveur, ou une influence trouble qui cherche à lui nuire dans l'ombre. Elle invite à la vigilance quant à ceux qui l'entourent et aux paroles trop flatteuses.
La sorcière gentille, ou d'apparence bienveillante, est plus ambiguë et appelle la prudence : la tradition voit dans la magie un mal déguisé sous des dehors séduisants, si bien qu'une sorcière aimable peut figurer une tentation, une aide intéressée, ou une personne charmante dont les intentions réelles restent douteuses. Le rêveur est averti de ne pas se fier aux apparences avenantes.
Parler avec une sorcière évoque un dialogue avec la tentation ou la ruse : le rêveur est exposé à des conseils trompeurs, à une influence qui cherche à le convaincre ; le contenu et le ton de l'échange en disent long sur le degré d'emprise qu'il accepte ou refuse.
Combattre une sorcière et, mieux encore, tuer une sorcière comptent parmi les présages les plus favorables de cette série : ils annoncent la victoire sur la tromperie, la fin d'une intrigue, la libération d'une influence néfaste et le retour à la lucidité. Le rêveur déjoue la manœuvre et reprend le contrôle de ses affaires.
Le balai de sorcière, élément de l'imagerie populaire plus que du corpus classique, fonctionne comme attribut : il renforce l'idée de fuite, de déplacement rapide d'une nuisance, ou souligne le caractère illusoire et théâtral de la menace ; le rêve insiste alors sur le faux-semblant plus que sur un danger réel.
Avis des savants contemporains
Abd al-Ghani al-Nabulsi, dans Ta'tir al-anam, traite la sorcellerie comme tromperie, mensonge et séparation : le sorcier ou la sorcière y figure celui qui brouille le vrai et le faux, sème la discorde et détourne les gens de la droiture ; il rappelle que le sortilège, dans cette lecture, est voué à être démasqué. Ibn Shahin al-Zahiri associe de même la magie à la ruse et à l'égarement, et lit la victoire sur le magicien comme la défaite d'un ennemi sournois. La lecture contemporaine, fidèle à ce fond, voit dans la sorcière onirique l'image d'une influence manipulatrice, d'une relation toxique où l'on se sent « envoûté » sans comprendre comment, ou de la peur d'être trompé. Affronter la sorcière traduit alors une prise de conscience et la reconquête de son discernement. Le songe invite moins à craindre un mauvais sort qu'à examiner qui, dans la vie éveillée, exerce sur le rêveur une emprise qu'il gagnerait à éclaircir.
Sources et références
- Muhammad Ibn Sirin, Tafsir al-Ahlam al-Kabir (Le grand livre de l'interprétation des rêves)
- Abd al-Ghani al-Nabulsi, Ta'tir al-anam fi tabir al-manam
- Ibn Shahin al-Zahiri, Al-Isharat fi ilm al-ibarat
- Le Coran, sourates al-Falaq (113) et al-Nas (114)
- Sahih al-Bukhari, Kitab al-Ta'bir (Livre de l'interprétation des rêves)
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