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Symbolisme islamique

Rêver de bijoux en islam : or, argent et ornements dans les rêves islamiques

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Les bijoux — al-haly (الحلي) — ont une place particulière dans la tradition onirique islamique, car leur signification varie selon le sexe du rêveur et la matière (or, argent, pierres précieuses). L'islam ayant des règles claires sur le port de l'or pour les hommes et les femmes, ces règles influencent directement l'interprétation de ces rêves par Ibn Sirin, Al-Nabulsi et les autres savants.

· Ayoub Merlin

Une femme se voit couverte d'or, et le plus ancien des interprètes ne lui parle pas d'abord de richesse. Il lui parle de ce qui vit autour d'elle. Dans la lecture qu'on prête à Ibn Sirin, la parure portée par une dormeuse renvoie moins au trésor qu'à un mari, un enfant, un bien qui s'annonce ; on a même rapporté que l'or pencherait vers un garçon et l'argent vers une fille. C'est une lecture que les sites français reprennent rarement, parce qu'elle déroute. On attend une histoire de bijou et on tombe sur une histoire de vie.

Ça tient à ce qu'est la parure pour les anciens. Al-huliyy, ce n'est pas l'objet posé sur la table. C'est ce dont on se pare : les êtres autour de soi, la beauté qu'on porte, ce qui orne une existence et la rehausse aux yeux des autres. Le métal n'est qu'un signe. Derrière, il y a presque toujours du vivant — une épouse, des enfants, un statut, la beauté d'une religion qu'on porte comme un bijou.

Reste que tout ne se vaut pas, et Ibn Sirin pose là une asymétrie franche. La parure ne porte aucun blâme pour la femme. Le blâme n'apparaît que dans le rêve d'un homme — surtout s'il se voit porter de l'or et s'en glorifier. La règle de la veille remonte sous le songe : « L'or et la soie sont licites pour les femmes de ma communauté et illicites pour ses hommes » (rapporté par At-Tirmidhi et An-Nasa'i). Ce qui est permis au réveil devient faste en rêve. Ce qui est interdit devient signal. Un homme paré d'or qui jubile rêve sa propre tentation. Le même homme que l'or encombre, qu'il cherche à retirer — sa conscience tient bon. Le sentiment dans le rêve compte ici plus que le métal.

L'argent change de registre. Licite, sobre, il dit moins l'éclat que la subsistance qui tient. Al-Nabulsi y voit une aide qui arrive à l'heure, une bénédiction sans tapage. Pas le coup d'éclat : le filet en dessous.

Et puis la parure traîne un revers, dès qu'elle brille trop fort. Le texte sacré ne l'épargne pas. L'or qui en met plein la vue, le zukhruf, y désigne le luxe qui ne pèse rien : maisons d'argent, ornements d'or, « tout cela n'est que jouissance de la vie d'ici-bas, et l'au-delà, auprès de ton Seigneur, est pour les pieux » (Az-Zukhruf, 43:35). Un rêve d'or amassé, exhibé, qui remplit l'œil et ne dit rien au cœur — relisez-le de ce côté-là avant d'y voir une promesse. La parure d'apparat peut n'être qu'un décor.

Reste le geste, qui tranche souvent le sens. Recevoir une parure des mains d'un défunt, chez Al-Nabulsi, c'est hériter — d'un bien, ou d'une baraka de famille qui passe. La perdre puis la retrouver dans le même songe, un souci qui se règle de lui-même. La voir tomber et se briser, une chose qui prend fin : un projet, un lien.

Au bout du compte, le métal tranche plus que la forme du bijou. L'or interroge, l'argent rassure, le défunt transmet, la cassure clôt. Et le reste — qui se pare, avec quel visage, l'œil qui s'allume ou la gêne qui monte — en dit plus long que l'objet posé sur la peau.

Sources et références

  • Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir (تفسير الأحلام الكبير), VIIIe siècle.
  • Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam, XVIIIe siècle.
  • At-Tirmidhi et An-Nasa'i, hadiths sur l'or et la soie.

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