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Symbolisme islamique

Rêver de pleurer en islam : signification selon Ibn Sirin

Les pleurs — al-buka' (البكاء) — occupent une place paradoxale dans l'interprétation onirique islamique. Le Prophète Muhammad a dit : « L'œil qui pleure par crainte d'Allah, le Feu ne le touchera pas » (hadith rapporté par Al-Tirmidhi). Pleurer dans un rêve peut donc être un signe de purification spirituelle, de miséricorde divine et de soulagement — ou au contraire un avertissement de calamité, selon le contexte. Ibn Sirin, Al-Nabulsi et les grands interprètes distinguent minutieusement les pleurs silencieux des lamentations, les larmes de joie des larmes de sang. Cette page présente l'ensemble des interprétations classiques, organisées par type de pleurs, contexte et signification spirituelle.

Les pleurs dans le Coran et les Hadiths

Les pleurs sont mentionnés à plusieurs reprises dans le Coran comme un signe de piété, de soumission à Allah et de reconnaissance de Sa grandeur. Les prophètes eux-mêmes sont décrits comme pleurant devant la révélation divine, établissant les pleurs comme un acte de dévotion et non de faiblesse.

« Ceux à qui la science a été donnée antérieurement, lorsque [le Coran] leur est récité, tombent sur leur face, prosternés, et ils pleurent, et cela augmente leur humilité. »

— Coran, sourate Al-Isra (17:109)

« [...] parmi ceux qu'Allah a comblés de bienfaits, parmi les prophètes [...]. Quand les versets du Tout Miséricordieux leur étaient récités, ils tombaient prosternés en pleurant. »

— Coran, sourate Maryam (19:58)

La sourate Maryam (19:58) décrit les prophètes qui, en entendant les versets d'Allah, « tombaient prosternés en pleurant ». La sourate Al-Isra (17:109) complète ce tableau : ceux qui possèdent la science « tombent sur leur face, prosternés, et ils pleurent ». Ces versets établissent clairement que les pleurs devant Allah ne sont pas un signe de faiblesse mais d'élévation spirituelle — un thème que les interprètes oniriques reprennent dans leur analyse des rêves.

Dans les hadiths, le Prophète Muhammad a pleuré à plusieurs reprises : en écoutant la récitation du Coran par Abdullah ibn Mas'ud, devant la tombe de sa mère, et lors de la mort de son fils Ibrahim. Il a dit : « Les yeux versent des larmes, le cœur est affligé, et nous ne disons que ce qui plaît à notre Seigneur » (hadith rapporté par Al-Bukhari). La distinction prophétique entre les pleurs silencieux (acceptés) et les lamentations bruyantes (interdites) structure toute l'interprétation onirique des pleurs en islam.

Le hadith sur la khashya (crainte révérencielle) est central : « Sept personnes seront sous l'ombre d'Allah le Jour où il n'y aura pas d'autre ombre [...] et un homme qui invoque Allah en privé, et ses yeux débordent de larmes » (hadith rapporté par Al-Bukhari et Muslim). Ce hadith fonde l'interprétation positive des pleurs silencieux et solitaires dans les rêves.

Interprétation classique selon Ibn Sirin

Muhammad ibn Sirin (654-728 ap. J.-C.), dans son Tafsir al-Ahlam al-Kabir, consacre une attention particulière aux pleurs dans les rêves. Sa position fondamentale repose sur une distinction capitale : le type de pleurs détermine entièrement la signification du rêve. Les pleurs silencieux avec larmes sont diamétralement opposés aux lamentations bruyantes, et cette distinction structure toute son analyse.

Les règles fondamentales d'Ibn Sirin

  • Pleurer silencieusement avec des larmes: c'est le signe le plus positif. Ibn Sirin y voit un soulagement imminent (farj), la fin d'une période d'épreuve, et une miséricorde divine qui descend sur le rêveur. Les larmes silencieuses sont comparées à la pluie qui fertilise la terre — elles annoncent une bénédiction.
  • Pleurer bruyamment avec lamentations: c'est un signe négatif. Les cris, les gémissements et les lamentations (al-niyaha) annoncent une calamité, un malheur ou une épreuve que le rêveur subira. Plus les cris sont forts, plus l'épreuve sera sévère.
  • Pleurer avec des larmes abondantes : miséricorde et bénédiction. Les larmes abondantes qui coulent sur les joues symbolisent la rahma (miséricorde) divine. Ce rêve annonce souvent une guérison, un don, ou une grâce inattendue.
  • Pleurer sans larmes: châtiment ou épreuve. L'absence de larmes dans les pleurs indique une souffrance sèche, un malheur sans consolation, ou un châtiment divin pour un péché non repenti.
  • Pleurer sur un mort : parler en mal du défunt. Ibn Sirin avertit que pleurer bruyamment sur un mort dans un rêve signifie que le rêveur médit du défunt ou commet une injustice envers sa mémoire. Le Prophète a dit : « Le mort souffre à cause des pleurs de sa famille sur lui » (hadith).
  • Pleurer en priant: sincérité et acceptation de la du'a. Celui qui pleure pendant la prière dans un rêve recevra une réponse favorable à ses invocations. C'est un signe de proximité avec Allah.
  • Pleurer d'un seul œil: deuil partiel ou perte incomplète. La tristesse du rêveur ne concerne qu'un aspect de sa vie, non sa totalité.

Ibn Sirin insiste sur le fait que le contexte émotionnel du rêveur au réveil est un indicateur fiable : si le rêveur se réveille apaisé après avoir pleuré en rêve, l'interprétation est positive. S'il se réveille angoissé, l'interprétation est négative. Cette règle du « ressenti au réveil » est propre à Ibn Sirin et constitue un outil herméneutique que les interprètes ultérieurs ont largement adopté.

Les pleurs selon Al-Nabulsi

Abd al-Ghani al-Nabulsi (1641-1731), dans son encyclopédie Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam, développe considérablement l'interprétation des pleurs par rapport à Ibn Sirin. Sa contribution majeure est le principe du paradoxe (al-'aks) : dans de nombreux cas, les pleurs en rêve signifient le contraire de ce qu'ils semblent indiquer.

Le principe du paradoxe

Al-Nabulsi affirme que les pleurs en rêve opèrent souvent par inversion : pleurer dans un rêve annonce fréquemment une joie dans la réalité, et rire dans un rêve peut annoncer des pleurs réels. Ce principe s'appuie sur le verset coranique : « C'est Lui qui fait rire et qui fait pleurer » (sourate Al-Najm, 53:43). Le rêve, étant un miroir inversé de la réalité, transforme les émotions en leur contraire.

Pleurer à un mariage

Joie véritable qui arrive. Le mariage symbolise l’union et la bénédiction, et les pleurs dans ce contexte renforcent le caractère positif. Al-Nabulsi y voit un bonheur si intense qu’il provoque des larmes de gratitude.

Pleurer en rêve, rire au réveil

Expulsion de l’hypocrisie (nifaq). Le rêve purge le rêveur d’une contradiction intérieure. Les pleurs symbolisent la sincérité retrouvée, et le rire au réveil confirme la libération.

Pleurer sur quelqu’un de vivant

Séparation prochaine. Al-Nabulsi interprète les pleurs sur une personne vivante comme l’annonce d’une séparation — voyage, éloignement ou rupture — mais pas nécessairement un décès.

Pleurs collectifs

Épreuve communautaire. Quand plusieurs personnes pleurent ensemble dans un rêve, Al-Nabulsi y voit l’annonce d’un événement qui touchera toute la communauté : épidémie, catastrophe naturelle ou fitna sociale.

Al-Nabulsi introduit également la notion de larmes de sang (dumu' al-dam) comme catégorie distincte. Les larmes de sang ne suivent pas le principe du paradoxe — elles sont toujours un signe grave. Elles symbolisent une souffrance profonde, un remords lié à un péché majeur, ou un deuil si intense qu'il dépasse les limites de la tristesse ordinaire. Celui qui voit du sang couler de ses yeux au lieu de larmes doit immédiatement se repentir (tawba) et chercher à réparer les torts qu'il a causés.

Une contribution unique d'Al-Nabulsi concerne les pleurs du défunt. Si un mort pleure dans le rêve du vivant, cela signifie que le défunt souffre dans le barzakh (l'intervalle entre la mort et la résurrection) et implore des prières, de l'aumône (sadaqa) ou le règlement de ses dettes. Si le défunt pleure de joie, c'est un signe qu'il est dans un état de bien-être dans l'au-delà.

Scénarios courants et leur signification

Les savants de l'interprétation onirique islamique ont classifié les différents types de pleurs selon leur forme, leur cause et leur contexte. Voici les six scénarios les plus fréquemment rapportés et analysés dans la littérature classique.

Pleurer silencieusement

Soulagement imminent (farj). Les larmes silencieuses sont le signe le plus positif selon Ibn Sirin. Elles annoncent la fin d’une épreuve, la résolution d’un problème ou l’arrivée d’une bonne nouvelle. Plus les larmes sont abondantes, plus le soulagement sera complet.

Pleurer en criant

Calamité annoncée. Les lamentations bruyantes (al-niyaha) sont fermement condamnées dans la tradition prophétique. En rêve, elles annoncent un malheur, une perte ou une épreuve douloureuse. Si le rêveur se frappe le visage, l’épreuve touchera sa réputation.

Pleurer un mort

Médisance envers le défunt ou dette non acquittée envers lui. Si les pleurs sont silencieux, c’est une invocation (du’a) pour le mort. Si les pleurs sont bruyants, c’est un signe que le rêveur parle mal du défunt ou ne respecte pas ses dernières volontés.

Pleurer de joie

Bonheur intense et gratitude divine. Les pleurs de joie confirment la réalisation d’un souhait, la fin d’une longue attente ou la réunion avec un être cher. Al-Nabulsi y voit un signe de contentement divin (rida) envers le rêveur.

Larmes de sang

Souffrance extrême ou péché majeur. Les larmes de sang sont le signe le plus grave dans l’interprétation onirique. Elles appellent à une repentance immédiate (tawba), au règlement des dettes et à la réparation des injustices commises. Ibn Sirin y voit aussi un deuil inconsolable.

Pleurer en priant

Sincérité et acceptation de la du’a. C’est l’un des meilleurs rêves possibles selon les savants. Le rêveur qui pleure en priant est proche d’Allah, et ses invocations seront exaucées. Ce rêve peut aussi annoncer le pardon d’un péché dont le rêveur se repent sincèrement.

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Questions fréquentes

Rêver de pleurer en islam est-il un bon ou un mauvais signe ?+

Rêver de pleurer en islam a une interprétation paradoxale. Selon Ibn Sirin, pleurer silencieusement avec des larmes est un signe positif : il annonce un soulagement (farj), la fin d’une épreuve ou une miséricorde divine. En revanche, pleurer en criant ou en se lamentant bruyamment est un signe négatif, annonçant une calamité ou un malheur. Le contexte du rêve — la cause des pleurs, la présence ou l’absence de larmes, et l’état émotionnel du rêveur — détermine l’interprétation finale.

Que signifie rêver de pleurer un mort en islam ?+

Pleurer un mort en rêve a un sens précis selon Ibn Sirin : si le rêveur pleure silencieusement pour un défunt, c’est un signe de miséricorde et de du’a pour le mort. Cependant, si le rêveur pleure bruyamment, se frappe le visage ou déchire ses vêtements — pratiques interdites en islam — cela signifie qu’il parle en mal du défunt ou commet une injustice envers sa mémoire. Le Prophète a dit : « Le mort souffre à cause des pleurs de sa famille sur lui » (hadith rapporté par Al-Bukhari).

Que signifie rêver de larmes de sang en islam ?+

Les larmes de sang dans un rêve sont un symbole grave selon Al-Nabulsi. Elles représentent une souffrance profonde, un remords intense lié à un péché majeur, ou un deuil inconsolable. Ibn Sirin associe les larmes de sang à une dette de sang, une injustice commise ou subie, ou une trahison familiale aux conséquences irréparables. Ce rêve est souvent interprété comme un appel urgent à la repentance (tawba) et à la réparation des torts causés.

Pleurer en priant dans un rêve en islam, quelle signification ?+

Pleurer en priant dans un rêve est l’un des signes les plus positifs selon les savants de l’interprétation onirique islamique. Ibn Sirin y voit la sincérité du rêveur dans sa relation avec Allah, et l’acceptation de ses invocations (du’a). Al-Nabulsi ajoute que celui qui pleure en priant dans un rêve recevra une réponse divine à ses supplications. Le Prophète a dit : « L’œil qui pleure par crainte d’Allah, le Feu ne le touchera pas » (hadith rapporté par Al-Tirmidhi).

Rêver de voir quelqu’un pleurer en islam, que signifie ce rêve ?+

Voir quelqu’un pleurer dans un rêve dépend de l’identité de la personne et du type de pleurs. Si la personne pleure silencieusement, cela peut annoncer un soulagement pour elle ou un événement heureux qui la concerne. Si elle pleure bruyamment, cela peut avertir d’un malheur qui la frappera. Voir un défunt pleurer dans un rêve signifie, selon Ibn Sirin, que le défunt souffre dans l’au-delà et demande des prières. Voir un enfant pleurer annonce une préoccupation parentale légitime.

Sources et références

  • Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir (تفسير الأحلام الكبير), VIIIe siècle.
  • Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam (تعطير الأنام في تعبير المنام), XVIIIe siècle.
  • Le Saint Coran, sourate Maryam (19:58), sourate Al-Isra (17:109), sourate Al-Najm (53:43).
  • Sahih Al-Bukhari, Livre des funérailles (Kitab al-Jana'iz), hadiths sur les pleurs et les lamentations.
  • Sahih Muslim, Livre des vertus (Kitab al-Fada'il), hadiths sur les pleurs du Prophète.
  • Sunan Al-Tirmidhi, hadith sur l'œil qui pleure par crainte d'Allah.