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Symbolisme islamique

Rêver de Dieu en islam : signification selon Ibn Sirin

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La question de la présence divine dans les rêves — rêver d'Allah, d'une lumière divine ou d'une voix céleste — est la plus délicate et la plus sublime de toute la tradition onirique islamique. Elle touche aux fondements de la théologie islamique (tawhid) et à la question de la transcendance absolue d'Allah. Cette page présente avec rigueur et humilité les positions des grands savants islamiques — Ibn Sirin, Al-Nabulsi, Ibn Taymiyya et les soufis — sur ce sujet d'une profondeur exceptionnelle.

· Ayoub Merlin

Il faut commencer par ce qu'aucune grille de rêves ne devrait jamais escamoter : Allah ne se range pas dans une image. Le Coran le pose net, « les regards ne peuvent L'atteindre, et Lui atteint les regards » (Al-An'am, 6:103). Alors quand un dormeur se réveille en disant « j'ai vu Dieu », il faut d'abord désamorcer le malentendu. Ce qui a été vu — une figure, un visage, une silhouette dans la lumière — n'est pas Son essence. Ça ne peut pas l'être. Ibn al-Bajuri le formule de la façon la plus utile qui soit : si la forme aperçue était impossible pour Allah, par exemple celle d'un homme déterminé, alors le dormeur a contemplé une créature, pas son Seigneur, et c'est cette créature qu'il faut interpréter.

Voilà pourquoi les anciens parlent rarement de « voir » et beaucoup de l'être regardé.

C'est là, justement, que se joue tout le sens. Ibn Sirin ne s'attarde pas sur la description — il n'y en a pas à donner — il s'attache à la relation. Se tenir devant Allah et sentir qu'Il vous observe : signe de droiture, de coeur en paix. Être adressé en confidence, à voix basse, sans dureté : signe de proximité, comme un secret qu'on ne partage qu'avec un intime. Et le revers, le plus instructif des deux : recevoir une remontrance, un conseil sévère, un reproche. Ce n'est pas une punition dans le rêve. C'est un avertissement adressé à l'éveil. Une bonne nouvelle marque la satisfaction divine ; une réprimande marque Son déplaisir, et appelle à corriger sa conduite sans attendre. Le rêve, ici, ne raconte pas Dieu. Il vous renvoie à vous-même.

Beaucoup de sites enjolivent ça avec un hadith fabriqué : le Prophète ﷺ aurait vu son Seigneur « sous la forme d'un jeune homme imberbe aux cheveux bouclés, dans un jardin vert ». À écarter. Cette version, avec ses détails physiques, a été rejetée comme munkar — non recevable — par des savants aussi sérieux qu'al-Dhahabi. Ce qui est authentique, et seulement cela, c'est le récit rapporté par al-Tirmidhi et dans le Musnad d'Ahmad, gradé hasan sahih par al-Tirmidhi lui-même : le Prophète ﷺ dit avoir vu son Seigneur « dans la plus belle forme », au moment où l'assemblée la plus haute, le mala' al-a'la, débattait des oeuvres par lesquelles on s'élève. Pas de portrait. Pas de barbe ni de cheveux. La précision compte, parce que c'est précisément l'ajout descriptif que les hadithologues retranchent.

Et il y a un piège théologique que la majorité des savants tranche d'une seule phrase. Mulla Ali al-Qari : la vision d'Allah dans le sommeil est possible, mais sans modalité, sans direction, sans configuration. Al-Taftazani va plus loin et touche le coeur de l'affaire — c'est une contemplation du coeur, pas de l'oeil. On ne « voit » pas comme on voit un objet ; on est saisi par une présence. Ce qui rassure, au passage, sur l'origine du songe : le Shaytan, dit-on, ne peut revêtir la forme d'Allah, comme il ne peut revêtir celle d'un prophète. Un tel rêve, quand il est vrai, ne laisse ni trouble ni angoisse. Il laisse une paix qui dure au réveil et une envie d'agir mieux. Le doute, l'effroi, la confusion sont au contraire la marque de ce qui n'est qu'un rêve embrouillé.

Reste la question que pose le verset le plus cité sur ce terrain, Al-Shura (42:51) : « Il n'appartient pas à un être humain qu'Allah lui parle autrement que par révélation, ou de derrière un voile, ou en envoyant un messager. » Trois voies, jamais le face-à-face brut. C'est la grammaire même de la rencontre divine dans la tradition, et elle vaut pour le songe : ce qui passe, passe voilé. Une voix sans source visible vaut souvent plus qu'une forme. Si elle récite du Coran, ou dit une parole conforme à la religion, Ibn Sirin invite à la prendre au sérieux comme une guidance personnelle. Si elle énonce une bonne nouvelle, recevez-la ; si elle met en garde, écoutez l'avertissement.

Un dernier mot, sur la conduite plutôt que sur le sens. Les savants conseillent la discrétion avec ces rêves-là. Non par superstition, mais parce que les raconter à tout vent prête à confusion sur la nature même d'Allah, et qu'une parole mal posée sème plus de trouble qu'elle n'éclaire. Remerciez en silence, gardez le rêve, et si vous voulez l'entendre, portez-le à quelqu'un de savant et de fiable. Ce qui a touché le coeur n'a pas besoin d'être exhibé pour être vrai.

Sources et références

  • Ibn Sirin, Muhammad. Tafsir al-Ahlam al-Kabir, VIIIe siècle.
  • Al-Nabulsi, Abd al-Ghani. Ta'tir al-Anam fi Tafsir al-Manam, XVIIIe siècle.
  • Le Saint Coran, sourate Al-An'am (6:103), sourate Al-Shura (42:51).
  • Ibn Taymiyya, Taqi al-Din. Majmu' al-Fatawa, chapitre sur les rêves.
  • Al-Tirmidhi. Sunan al-Tirmidhi, Hadith sur la vision du Seigneur en rêve.

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