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Rêver de Rêver d'une pomme en psychanalyse : Freud et Jung

Selon Freud

La pomme occupe dans la grille freudienne une place particulièrement riche en tant qu'objet de la pulsion orale et symbole du désir interdit. Dans L'Interprétation des rêves (1900), Freud analyse les rêves de nourriture comme des expressions directes du désir — la nourriture est l'objet de la pulsion orale la plus fondamentale, et la pomme, avec sa rondeur, sa douceur, son jus abondant, est l'objet oral par excellence.

Le fruit défendu de l'Éden — que la tradition a identifié à une pomme — est pour Freud une image transparente du désir interdit dans sa forme la plus originaire. L'interdit du père (Dieu dans le récit) contre la jouissance (manger le fruit) est exactement la structure du complexe d'Œdipe : le désir, l'interdit parental, et la transgression qui ouvre l'accès à la connaissance mais expulse du paradis de l'enfance. Rêver de la pomme défendue peut rejouer cette dynamique fondamentale du désir et de l'interdit qui structure la psyché humaine selon Freud.

La pomme offerte et croquée dans les contes (Blanche-Neige) active une autre dynamique freudienne : le désir d'une beauté qui piège, la séduction suivie de la mort (le sommeil profond). Freud y voit l'expression d'une ambivalence fondamentale autour du désir féminin — à la fois attirant et menaçant — et la crainte de la castration symbolique que représente la perte de conscience.

Selon Jung

Pour Jung, la pomme est avant tout le symbole du seuil de la conscience — le fruit que l'on mange pour passer d'un état psychique à un autre, d'une ignorance bienheureuse à une connaissance douloureuse mais nécessaire. Dans ses analyses des mythes et des contes, Jung revient à plusieurs reprises sur la signification de la pomme comme objet de transformation.

Le fruit de l'Éden, dans la lecture jungienne, n'est pas un événement négatif mais une étape nécessaire de l'individuation cosmique. L'humanité ne pouvait pas rester éternellement dans l'état paradisiaque de l'inconscience — le 'jardin' de la fusion parfaite avec le Soi divin. La chute est en réalité une descente nécessaire dans la conscience individuelle, la naissance d'un ego capable de réflexion et de choix moral. La pomme est le symbole de ce passage — douloureux, mais essentiel au développement de la conscience.

Dans son analyse des contes (L'Homme et ses symboles, 1964), Jung examine la pomme empoisonnée de Blanche-Neige comme l'image de l'anima dans sa phase de régression — la Belle qui régresse vers l'enfance et l'inconscience sous l'effet du poison de la mère-ombre. Le réveil par le baiser du prince est l'accès à la conscience amoureuse, à la relation qui arrache l'âme à sa somnolence régressive. La pomme est ici le symbole de la tentation de l'inconscience — revenir à l'état paradisiaque pré-conscient, qui est aussi une forme de mort psychique.

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