Aller au contenu principal

Rêver de Larmes en islam : interprétation selon Ibn Sirin

Interprétation selon Ibn Sirin, Al-Kirmani et Al-Nabulsi — Guide complet des rêves en islam

Interprétation classique selon Ibn Sirin

Les larmes (dumû') occupent une place subtile dans la tradition onirique d'Ibn Sirin, car leur sens dépend entièrement de leur nature et de leur cause. L'interprète classique distingue d'abord les larmes froides, versées sans douleur ni gémissement, qu'il associe à la joie, au soulagement et à une bonne nouvelle prochaine : pleurer de cette manière paisible annonce souvent la fin d'une épreuve, une consolation venue d'Allah, ou un bonheur après l'attente. À l'inverse, les larmes brûlantes, accompagnées de cris, de lamentations bruyantes et de gestes de désespoir, sont lues comme un présage de tracas, de peine ou d'épreuve, car le rêve reproduit alors l'agitation de l'âme affligée.

Ibn Sirin attache aussi une grande importance au fait que les pleurs soient ou non suivis d'effet visible. Pleurer dans le calme, le cœur attendri, sans hurlement, évoque le repentir, la crainte révérencielle d'Allah et une miséricorde attendue ; ces larmes-là « lavent » le rêveur. Mais lorsque les pleurs s'accompagnent de cris stridents, de vêtements déchirés ou de plaintes contre le destin, le songe penche vers le malheur, le deuil ou la perte d'un bien.

Le symbole se précise selon ce qui s'écoule. Des larmes claires et limpides confirment la joie et la délivrance. Mais si, au lieu d'eau, c'est du sang qui coule des yeux, l'interprétation bascule : Ibn Sirin y voit un chagrin extrême, un regret cuisant, voire une faute ou un tort lié à la vue et au regard du rêveur. De même, pleurer sans qu'aucune larme ne sorte traduit une douleur contenue, un chagrin que l'on ne peut exprimer ou une épreuve dont l'issue tarde. Le maître invite ainsi à ne jamais lire les larmes isolément, mais à les rapporter à leur température, à leur bruit et à leur substance.

Hadiths et références prophétiques

On ne peut rattacher au rêve de larmes aucun hadith spécifique, et il faut se garder d'en forger un. La Sunna éclaire toutefois le sens même des pleurs dans la vie éveillée : le Prophète ﷺ versait des larmes de crainte et de compassion, et les pleurs silencieux nés de la crainte d'Allah sont hautement loués, tandis que les lamentations bruyantes sur les morts (al-niyaha) sont blâmées. Cette distinction prophétique entre larmes paisibles et lamentation tapageuse recoupe exactement la lecture d'Ibn Sirin. Par ailleurs, le hadith rapporté par al-Bukhari et Muslim, classant les rêves en vision véridique d'Allah, songe trompeur du Diable et reflet des soucis de l'âme, s'applique pleinement : un rêve de pleurs angoissants peut n'être que l'écho d'un chagrin diurne ou une suggestion destinée à attrister, dont on se protège par la demande de refuge et le non-récit.

Selon le contexte du rêve

Selon le contexte du rêve, les larmes changent radicalement de sens, et chaque variante mérite sa nuance.

Verser des larmes ou voir couler des larmes calmement, sans cri, oriente vers la joie, le soulagement et la fin d'un souci : ces larmes douces sont une bonne nouvelle. Voir des larmes chez autrui peut annoncer une consolation prochaine pour cette personne, ou un attendrissement qui rapproche les cœurs.

Pleurer à chaudes larmes, dans les sanglots et la lamentation bruyante, penche au contraire vers la peine, l'épreuve ou une contrariété passagère ; le rêve reflète ici un trop-plein émotionnel qu'il faut apaiser plutôt qu'un présage rigide de malheur.

Pleurer sans larmes — pleurer à sec — traduit une douleur retenue, un chagrin que le rêveur ne parvient pas à exprimer, ou une épreuve dont la délivrance se fait attendre ; c'est l'image d'une émotion bloquée appelant à être nommée.

Les larmes de sang constituent le cas le plus fort : qu'on les verse soi-même ou qu'on les voie couler, elles signalent un chagrin intense, un regret profond ou un tort lié au regard ; sans dramatiser, elles invitent au repentir et à l'examen de conscience. Pleurer des larmes de sang accentue cette dimension de douleur extrême et de purification nécessaire.

Des larmes aux yeux, simplement perlant sans couler, suggèrent une émotion naissante, une tendresse ou une crainte révérencielle qui s'éveille dans le cœur, signe d'un attendrissement encore retenu et d'une sensibilité qui affleure. Enfin, les mentions « larmes ibn sirin » et « larmes en islam » renvoient à la même grille de lecture classique exposée ici, centrée sur la cause et la manière des pleurs plutôt que sur le simple fait de pleurer.

Avis des savants contemporains

Al-Nabulsi, dans Ta'tir al-anam, confirme et systématise la distinction : les larmes versées sans cri ni douleur annoncent la joie, la consolation et l'exaucement, tandis que les pleurs mêlés de hurlements et de lamentation présagent affliction et tracas. Il relève que pleurer par crainte d'Allah figure le repentir et une miséricorde attendue. Ibn Shahin, dans al-Isharat, ajoute le critère de la substance : l'eau limpide est favorable, mais des larmes de sang signalent un chagrin grave ou une faute, et des pleurs taris une peine contenue. La lecture contemporaine, fidèle à cet esprit interprétatif, voit dans le rêve de pleurs une décharge émotionnelle salutaire : le dormeur évacue en songe un stress, un deuil ou une tension refoulée. Ce déchiffrement reste symbolique et n'a valeur ni de fatwa ni de prédiction ; il invite simplement à écouter l'émotion que le rêve met en lumière.

Sources et références

  • Muhammad Ibn Sirin, Tafsir al-Ahlam al-Kabir (Muntakhab al-kalam fi tafsir al-ahlam)
  • Abd al-Ghani al-Nabulsi, Ta'tir al-anam fi ta'bir al-manam
  • Ibn Shahin al-Zahiri, al-Isharat fi 'ilm al-'ibarat
  • Sahih al-Bukhari, Kitab al-Ta'bir
  • Sahih Muslim, Kitab al-Ru'ya

En savoir plus sur les rêves en islam

Découvrez les trois types de rêves (ru'ya, hulm, adghath ahlam), les principes d'Ibn Sirin et l'ensemble des symboles interprétés selon la tradition islamique.

Guide islamique →

Symboles associés